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 Et avoir à coeur d'être à la hauteur | Tibérius, Nigel

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Thaddeus Yaxley
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Message#Sujet: Et avoir à coeur d'être à la hauteur | Tibérius, Nigel   Et avoir à coeur d'être à la hauteur | Tibérius, Nigel Icon_minitimeMer 23 Sep - 21:33

La réconciliation des frères Yaxley, à la faveur du repas du nouvel an, avait eu, entre autres effets, celui de relancer leurs projets littéraires. L’idée d’une oeuvre commune était restée au point mort plusieurs semaines durant, ces semaines que les deux frères avaient passées à se regarder de travers. Thaddeus avait jeté sur un coin de son bureau ses brouillons, en se jurant bien de ne plus jamais y toucher. Il ne les avait pas détruits, toutefois - signe qu’il espérait toujours une réconciliation et le redémarrage de cet exaltant projet avec Tibérius. Si bien que lorsque ce moment était arrivé, il n’avait eu qu’à tendre la main (la gauche, la droite étant endolorie suite à un contact un peu rugueux avec la mâchoire d’un cousin importun) pour les reprendre. Thaddeus s’enflammait aussi rapidement qu’il se démotivait, et il s’était remis au travail avec un enthousiasme qui faisait plaisir à voir. Il avait pris plusieurs journées de congé pour avancer plus vite, mais même lorsqu’il travaillait, son esprit était entièrement occupé par cette oeuvre. Comme s’il voulait prouver à Tibérius qu’il ne gardait aucune rancune, aucune arrière-pensée à son égard, il s’efforçait de rattraper le temps perdu durant leurs semaines de brouille. Preuve, s’il en était, que lorsqu’il s’en donnait la peine, il pouvait être sacrément efficace.

Et enfin, le grand jour était venu. Tibérius était entré un soir dans le salon où son frère corrigeait des brouillons, pour lui annoncer qu’ils avaient rendez-vous avec Nigel Greengrass, éditeur de son état. Un éditeur. Pour un poète maudit comme Thaddeus, le mot sonnait comme une promesse. Il n’avait jamais pu faire éditer la moindre ligne de ses écrits, hormis, du temps de leur folle jeunesse, cette bluette pornographique écrite avec Tibérius. Apparemment, cela intéressait davantage les maisons d’édition que la poésie ou même que les romans un peu fantasques du cadet Yaxley. Un éditeur… Thaddeus n’aurait pas été plus impressionné si Tibérius avait ramené un dragon tenu en laisse. Il était si désireux d’aller contempler de plus près cette espèce rare qu’on nommait éditeur qu’il avait promis tout ce que son frère avait voulu qu’il promette, notamment de ne pas parler à tort et à travers. Car Thaddeus était du genre à se lancer dans d’interminables digressions sur le romantisme à l’ère post-capitaliste, voire sur le capitalisme à l’ère post-romantique, et même, si l’occasion s’en présentait, sur le romantisme à l’ère post-romantique. De quoi faire fuir n’importe qui, y compris un homme de livres comme Nigel Greengrass.

C’est donc empli de bonnes résolutions, et une serviette de cuir pleine de ses brouillons, qu’au jour dit, Thaddeus rejoignit son frère aîné devant la cheminée du bureau de ce dernier. Ils avaient choisi d’utiliser la poudre de cheminette pour gagner le Chemin de Traverse, pour ne pas exposer leurs documents à un toujours possible accident de transplanage. Le cadet Yaxley plongea sa main dans un pot contenant la poudre de cheminette, et, un sourire aux lèvres, interrompit Tibérius qui ouvrait la bouche :


-Oui, je sais, je me tais. Tu me l’as répété mille fois. Chemin de Traverse !

Lorsque son frère le rejoignit au Chaudron Baveur, Thaddeus rajustait sa cape et sa cravate. Soucieux de faire bonne impression, autant aux yeux de Tibérius qu’à ceux de Greengrass, il avait renoncé à toute fantaisie vestimentaire. Ainsi accoutré, il avait l’air d’un employé du département de la Justice Magique. Un juge, par exemple, songea-t-il, presque dépité, en croisant son reflet dans un miroir. Une image qu’il s’employait d’ordinaire à combattre de toutes les manières.

-Je te suis, lança-t-il à son frère, chassant de son esprit les considérations relatives à son apparence.


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Tibérius Yaxley
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Message#Sujet: Re: Et avoir à coeur d'être à la hauteur | Tibérius, Nigel   Et avoir à coeur d'être à la hauteur | Tibérius, Nigel Icon_minitimeVen 2 Oct - 0:10



Et avoir à coeur d'être à la hauteur
Thaddeus, Nigel & Tibérius
La vie de Tibérius Yaxley est une sorte de course constante. De juge, il saute au rôle de chef de famille, avant de prendre celui de gentleman farmer et d’entrepreneur, à l’occasion, en passant par le rôle de militant politique, voire de révolutionnaire, et en assumant en parallèle celle de frère et d’ainé. Qu’importe, il aime ça :  Tibérius aime le mouvement, l’activité, le progrès. Le reste c’est de la stagnation, de l’inactivité, et une perte de temps totale et incompréhensible pour lui. Il n’y a que les oisifs, qu’il méprise royalement parce qu’ils ne contribuent en rien à l’avènement de la société sang pure et à la grandeur de la sorcellerie, qui peuvent se permettre de l’être. Autant dire que ce rendez-vous avec Nigel Greengrass est plus que satisfaisant, et à plus d’un titre, pour Tibérius. D’abord, parce qu’il aime particulièrement écrire et que malgré l’habitude, il ne s’est jamais départi de l’excitation de se lancer dans un nouveau projet littéraire. D’autant plus que cette fois, c’est avec son frère, et c’est la seconde raison de sa satisfaction. Voir Thaddeus travailler ainsi fait extrêmement chaud au cœur au juge : c’est que son frère vaut mieux, de son point de vue, que la façade de poète maudit qu’il essaye de se donner. Yaxley a toujours un peu peur que son cadet n’entre, justement, dans le clan des oisifs inutiles, ce qui serait un pur gâchis selon lui. Si Thaddeus se révélait au travers de ce projet, ce serait une grande victoire pour Tibérius. Et puis, il est heureux de pouvoir travailler avec son frère, simplement parce que, il y a quelques temps encore, cela aurait été tout simplement inenvisageable. Aussi, il a fait beaucoup d’efforts, faisant preuve d’une attitude conciliante inhabituelle chez lui, laissant Thaddeus travailler un peu comme il voulait, s’autorisant de grandes discussions littéraires avec son frère par moment. Ça ne lui a même pas couté : en bon anciens Serdaigle et intellos de service, ils partagent les mêmes références, et parfois même le mode de pensée.

Quand vient l’heure du rendez-vous, c’est donc d’excellente d’humeur qu’il rejoint Thaddeus. Le commentaire de son frère ne lui tire rien d’autre qu’un sourire indulgent. Au fond, Tibérius est sûr que son cadet est tout à fait capable de s’en sortir, pour peu qu’on l’aide : quand bien même il croit profondément aux capacités des membres de sa famille, verbaliser cela, et surtout laisser les choses se faire en dehors de son contrôle, c’est proprement hors de question. Cette manie de tout contrôler l’isole, sa dispute récente avec Gaia le montre encore, mais Tibérius ne s’en rend pas compte. Se confier est inenvisageable, on ne lui a pas appris à faire ça. Et il en va de même pour sa relation avec Rose, dont il n’a pour l’instant strictement rien dit à sa famille, ce qu’il faudrait qu’il fasse : après tout, il ne peut pas demander à Thaddeus de s’excuser auprès du patriarche Selwyn s’il ne lui dit rien. Mais peut-être est-il d’autant plus récalcitrant à replonger dans les ennuis en tout genre qu’il apprécie le secret et l’intimité dont il bénéficie avec Rose. Peut-être aussi qu’il ne veut pas d’une nouvelle querelle avec son frère.

Songeant d’ailleurs qu’il pourrait faire la surprise à Rose de venir la chercher un soir au Ministère pour l’emmener diner, Tibérius franchit la cheminée du Chaudron Baveur et ouvre la voie à son frère à travers celui-ci, puis sur le Chemin de Traverse : « Bon. Normalement, on part avec un a priori favorable. Il a l’habitude de ce que j’écris, il ne sera pas surpris. » Expose-t-il en marchant. Fendant la foule, il ne se soucie guère de rentrer dans les gens, dont il estime qu’ils doivent s’écarter et lui laisser la place. « C’est là. » Indique-t-il presque inutilement, une fois devant chez Obscurus Books. Il faut dire que même pour lui, la situation est un peu stressante : mais quel écrivain n’est pas stressé lorsqu’il vient présenter un manuscrit, ou une simple idée, à son éditeur ? Rajustant sa cravate nerveusement, Tibérius ne daigne pas s’assoir lorsque la secrétaire leur indique la salle d’attente, et préfère resté debout pour fumer. Nerveusement, il guette l’arrivée de Greengrass. Il n’y a aucune raison que ça se passe mal, pourtant : les livres de Tibérius se vendent bien, on lui fait confiance chez Obscurus. Quant à Nigel, il le connait depuis longtemps, aussi bien lui que sa sœur, et il a toujours apprécié la clarté de vue de son éditeur, quoique parfois obscurcie par la recherche (méprisable) du profits, comme lorsqu’il édite un type aussi nul que Henry Fitz. Mais dans l’ensemble il songe que le courant passera bien avec Thaddeus.

D’ailleurs, voilà ledit éditeur qui arrive, et Yaxley se lève pour aller à sa rencontre. « Ah, bonjour, Nigel, comment ça va ? Et les dernières ventes ? Bonnes, j’espère ? » Il serre la main de Greengrass, et d’un geste amical, il désigne son frère, l’invitant à s’avancer : « Tu connais déjà Thaddeus, peut-être ? Nigel, je te présente Thaddeus, mon frère. Thadd’, je te présente Nigel Greengrass, mon éditeur. » Avec un sourire fin, le juge ajoute d’un ton qui se veut léger, comme s’il était sûr de lui « Le nôtre, si le projet lui plait, et il a le droit de vie et de mort dessus. » Puis se tournant de nouveau vers Nigel : « Quand tu veux, du coup. Merci de nous recevoir, en tout cas. » Alors qu’ils suivent l’éditeur, il glisse à Thaddeus, en aparté : « Comment est-ce que tu veux faire ? Je fais la partie politique et arguments de vente, je te laisse la partie littéraire ? » Marque de confiance réelle, s’il en est, il lâche du lest de façon inédite.
(C) CANTARELLA.

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Nigel Greengrass
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Message#Sujet: Re: Et avoir à coeur d'être à la hauteur | Tibérius, Nigel   Et avoir à coeur d'être à la hauteur | Tibérius, Nigel Icon_minitimeVen 2 Oct - 18:45


Et avoir à cœur d'être à la hauteur
N

igel Greengrass n'avait jamais été réfractaire au népotisme, et pour cause, c'était une pratique bien trop courante dans son milieu pour qu'il s'en formalise. Il n'estimait pas moins faire mal son travail en simplifiant l'accès à ses bureaux au frère de Tibérius sous le prétexte qu'il éditait ce dernier depuis des années à présent. Par ailleurs, il avait toute confiance en lui. Il arrivait que le lien de fraternité vous aveugle parfois au-delà du raisonnable (et Nigel en faisait quelques fois les frais avec sa soeur jumelle - et réciproquement), mais il avait foi dans la capacité de jugement de Tibérius, qui n'irait pas lui présenter son frère si ce dernier ne possédait pas ne serait-ce qu'un fragment de talent exploitable.

Par ailleurs, le simple nom de Tibérius Yaxley suffisait à présent à faire vendre, du moment que  celui-ci était mis en valeur, alors Nigel avait tout intérêt à s'y intéresser de près. Rendez-vous avait été pris, par conséquent, dans les délais les plus brefs, et Nigel était à présent curieux de faire la connaissance de Thaddeus Yaxley, qui, si tout se passait comme chacun l'escomptait, verrait son nom s'ajouter au catalogue des auteurs d'Obscurus Books.

Il ne mit pas longtemps à accueillir le duo quand sa secrétaire lui apprit que les Yaxley étaient arrivés. Tibérius fut le premier à prendre la parole, et Nigel lui adressa une poignée de main ferme et amicale, se contentant de hocher la tête sans entrer dans les détails quand il s'enquit de l'état des ventes. Pour ce qui était des siennes, il n'avait aucun souci à se faire, et pour le reste, Obscurus était une affaire qui marchait. Nigel n'avait d'autres choix que de se plier aux règles du milieu et de s'intéresser à la publication de titres qu'il estimait moins intéressants mais susceptible de se vendre, mais les considérations financières n'avaient jamais été son fort, peut-être parce que sa fortune personnelle, qu'il ne devait qu'aux sommes accumulées par les Greengrass qui l'avaient précédé, rendait la notion d'argent assez abstraite pour lui, finalement, et hors de ses considérations, auxquelles il préférait privilégier son amour des belles lettres.

-Enchanté, Thaddeus
, dit-il en adressant au frère de Tibérius un franc sourire tout en lui serrant la main à son tour. J'ai beaucoup entendu parler de vous.

Plus ou moins. Il avait entendu parler de lui, en tout cas, et c'était suffisant pour jouer l'emphase : ce qu'il lui faudrait connaître de lui, dans tous les cas, il l'apprendrait au cours de cet entretien, et ce serait ce qui importerait. Il invita les deux frères à s'installer dans son bureau et demanda à sa secrétaire de leur préparer thé ou café, à leur convenance. Il n'y avait aucun besoin de faire de cette conversation un interrogatoire ou quelque chose de trop formel, Nigel avait toujours préféré la décontraction à la rigueur (ce qui lui avait déjà posé quelques problèmes), et par ailleurs, il estimait que, peu importe l'issue de leur entretien, ils étaient entre amis.

-Je vous écoute. Parlez-moi plus en détails de votre projet.

Autant commencer par là et aviser ensuite.

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Thaddeus Yaxley
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Message#Sujet: Re: Et avoir à coeur d'être à la hauteur | Tibérius, Nigel   Et avoir à coeur d'être à la hauteur | Tibérius, Nigel Icon_minitimeMar 6 Oct - 21:37

D’ordinaire, Thaddeus s’adaptait avec facilité à toutes les situations, à toutes les rencontres. Son éducation lui avait donné tous les codes pour se mouvoir avec aisance dans les contextes les plus divers ; ajoutez à cela une personnalité sociable et même réellement portée sur les mondanités, et vous obtenez un jeune homme qu’aucun événement de la vie sociale normale ne semble pouvoir déstabiliser. Jusqu’à l’entrée du siège d’Obscurus Books, c’est d’ailleurs cette impression qu’il avait donnée, plaisantant avec Tibérius et observant d’un oeil critique les articles présentés dans les vitrines.

Puis les deux frères étaient entrés dans le bâtiment, et Thadd avait semblé redevenir un petit garçon. Soudain silencieux, il détaillait du regard chaque élément du décor ; les sièges, les tableaux au mur, la demoiselle qui les accueillait sur un ton un peu lointain. C’était donc là. L’endroit, si banal qu’il fût, avait quelque chose d’intimidant. Chaque porte semblait cacher l’antre d’une créature maléfique, d’un monstre mangeur d’auteurs maudits - c’était du moins ce que l’imagination débordante de Thaddeus voyait. Il faut dire que ses velléités poétiques, romanesques, théâtrales, ou de toute autre nature littéraire, s’étaient toujours heurtées à des refus même pas polis. Ça ne nous intéresse pas. Merci de ne plus nous importuner. Difficile, après tout cela, de ne pas éprouver une sorte d’appréhension en se rendant chez un éditeur. Et pas n’importe quel éditeur : Obscurus Books était la maison d’édition sorcière par excellence, une sorte de monument. D’où l’extrême circonspection du cadet Yaxley, qui s’assit sagement sur une chaise, en s’efforçant de prendre le moins de place possible, et poursuivit son observation silencieuse tandis que Tibérius fumait. Ce type fumait décidément beaucoup trop. Thaddeus considéra la possibilité de le lui faire remarquer, mais préféra renoncer. Leur réconciliation était encore trop récente pour cela.

Et enfin, il apparut. L’éditeur. Le Nigel Greengrass. Thaddeus fut légèrement déçu en le découvrant. Il s’était imaginé une sorte de très gros et très vieux bonhomme, tout droit sorti du dix-neuvième siècle, avec un monocle et un col cassé. Et voilà qu’un type tout à fait normal se pointait, avec des manières tout à fait contemporaines. Pas beaucoup plus vieux que Thadd lui-même. Arnaque. Le cadet Yaxley mit de côté sa naïve déception pour serrer la main de Greengrass, non sans jeter un coup d’oeil anxieux à son frère. Il a beaucoup entendu parler de moi. Qu’est-ce que tu lui as raconté ?


-Enchanté, monsieur Greengrass,
répondit-il d’une voix un peu plus sourde qu’à l’accoutumée.

Tandis qu’ils suivaient Nigel vers son bureau, Tibérius proposa à son frère une répartition des rôles que celui-ci accepta d’un signe de tête. La partie littéraire, cela lui convenait à merveille. C’est donc tout naturellement qu’il prit la parole en premier lorsque Greengrass demanda à en savoir davantage sur leur projet.


-Eh bien… Tibérius et moi-même avons imaginé une saga historique, l’histoire d’une famille sorcière sur trois générations, au tournant du seizième siècle. Nous nous sommes inspirés de nos propres archives de famille. Les Yaxley de cette époque étaient de simples propriétaires terriens presque comme leurs voisins moldus, à quelques différences près - par exemple, le fait qu’ils labouraient leurs champs magiquement a pu leur attirer quelques jalousies. Leur histoire est très représentative de l’émergence d’une identité sorcière dans l’Angleterre de l’époque, sur fond d’hostilité moldue et de bûchers. C’est ce que nous voulons retranscrire dans ce livre, ou plutôt dans ces livres. Actuellement, nous avons prévu trois tomes, chacun axé sur un personnage principal. J’ai apporté un plan succinct de chacun des tomes, si vous souhaitez y jeter un coup d’oeil, monsieur Greengrass.

En parlant, Thaddeus semblait avoir retrouvé son assurance. Il avait toujours aimé les débats littéraires, au point d’en oublier qu’il était intimidé par ce monsieur Greengrass, par son bureau où devait se cacher le monstre mangeur d’écrivains, et par son droit de vie et de mort sur leur projet.
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Tibérius Yaxley
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Message#Sujet: Re: Et avoir à coeur d'être à la hauteur | Tibérius, Nigel   Et avoir à coeur d'être à la hauteur | Tibérius, Nigel Icon_minitimeLun 19 Oct - 0:50



Et avoir à coeur d'être à la hauteur
Thaddeus, Nigel & Tibérius
Ce qu’il a dit à Nigel de son frère ? Pas grand-chose, selon Tibérius, qui hausse les épaules sans rien ajouter quand son cadet l’interroge du regard.  La vérité, seulement, de son point de vue, et si on lui disait qu’il s’agit d’un beau compliment de la part d’un écrivain à un autre écrivain, il le nierait ou ne s’en rendrait pas compte – il faut dire que Tibérius n’est guère familier des bons mots, des compliments et des démonstrations d’affection. Pourtant, intellectuellement, il a toujours tenu son frère en haute estime, et ce d’autant plus que maintenant, avec ce projet, le juge voit Thadd à l’œuvre pour de bon. Ce qu’il a dit à Nigel, donc, c’est que Thaddeus sait écrire,  et que c’est son frère : deux choses, qui de son point de vue, sont amplement suffisante pour justifier que son éditeur fasse confiance aux talents d’écrivains de son cadet. En vérité, il ne saurait dire si Greengrass a véritablement retenu tout cela, car l’éditeur voit et lit beaucoup d’auteurs différents, mais a minima, il ne parait pas hostile, et c’est déjà très bien.

Laissant une initiative relative à son cadet, Tibérius s’installe en silence, heureux de la tournure que prennent les choses, et se fait servir un café, écoutant de façon étonnement silencieuse la conversation qui se fait pour l’instant sans lui. D’un côté, il observe du coin de l’œil le visage de Greengrass, qui parait poliment intéressé et attentif, sans qu’il puisse vraiment dire si cela signifie qu’il s’agit d’une expression favorable ou non à leur projet. De l’autre, il hoche de temps en temps la tête, approbation silencieuse de la description de son cadet. Peut-être devrait-il réfréner les ardeurs de Thadd, qui l’agacent parfois, mais le voir si enthousiaste pour la littérature qu’ils écrivent ne peut que le ravir – c’est qu’un moment, qu’ils écrivent ensemble n’était pas gagné. Non seulement Tibérius est sincère lorsqu’il dit qu’il écrit bien (sinon, il ne râlera pas après autant de laisser aller) : au fond, ils raisonnent et écrivent un peu de la même manière, quoique sur des sujets différents. Ils ne sont pas les deux Serdaigle de la famille pour rien, au fond. Au fond, Tibérius est à sa manière un autre original : revêche, sévère, difficile à vivre, mais il l’est tout autant que Thaddeus. En témoigne sa mentalité de prêcheur et son obsession politique pour ce qui relève du mal nécessaire à la grandeur de la Sorcellerie, à savoir la domination sang pure. Et c’est immédiatement à cela que le mène son argumentaire lorsque vient son tour de prendre la parole. « Thaddeus a tout dit sur le plan littéraire, alors je n’ai pas grand-chose à ajouter. Je pense que ça peut avoir son succès, de mon côté. C’est un registre très différent de ce que j’écris normalement, naturellement, mais Thadd est bien plus doué que moi pour ça donc je ne pense pas que ça posera problème. En termes de style je sais ce qu’il vaut et il est bien meilleur que moi pour la fiction, ou disons, le romanesque. » Ce qui est conforme à la répartition de leur rôle et ce qui est un vrai compliment : pour Tibérius, la fiction est une perte de temps, il préfère le réel, mais si la fiction peut façonner le réel, tout est bon à prendre, et autant s’assurer l’aide des meilleurs. Thaddeus, en l’occurrence. Lui, il n’a qu’à donner son propre argumentaire : mécanique, scientifique, tenant toujours à la recherche du salut. « Pour la partie politique, tu connais mon cheval de bataille, mais je pense que l’opinion publique a besoin de héros dans lesquels se reconnaitre, et s’identifier. Finalement, ce sont des enjeux très actuels, l’attitude des moldus n’a pas tellement changé à notre encontre, et nous sommes confrontés à autant d’épreuves qu’au début du XVIe. Il faut pousser les gens à comprendre qu’ils peuvent agir, et qu’il y a des idéaux à défendre ; et que si d’autres l’ont fait avant eux, ils peuvent le faire aussi. » Voilà ce qu’il fait à chacun de ses livres. Simplement, il ne s’adresse pas ici au même public et Nigel ne tardera pas à le comprendre : il veut toucher d’autres gens que des lecteurs convaincus et avertis. La masse, en somme. « C’est une histoire qui mérite d’être connue, si tu veux mon avis, parce qu’elle dit quelque chose de ce qu’on est, nous les Sorciers, et pas seulement notre famille, et je crois – nous croyons - qu’il y a quelque chose à dire de ça. » En ce sens, c’est bien une vraie démarche littéraire : et c’est parce qu’elle l’est et qu’elle le passionne à la fois pour son but et comme exercice de style que Tibérius l’a proposé à Thaddeus. « Tu sais comme le public aime l’héroïsme. Je ne crois pas que ce soit un tort. L’héroïsme, quand il est bien écrit, est une bonne chose. Et là, tu me connais, et je connais Thaddeus. Ça le sera, bien écrit. » Si avec ça il ne convainc pas, c’est qu’il aura manqué quelque chose – ou que la lueur presque passionnée, presque folle, qui anime son regard alors qu’il parle aura pour une fois effrayé Nigel au lieu de l’enthousiasmer.
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Message#Sujet: Re: Et avoir à coeur d'être à la hauteur | Tibérius, Nigel   Et avoir à coeur d'être à la hauteur | Tibérius, Nigel Icon_minitimeLun 19 Oct - 19:03


Et avoir à cœur d'être à la hauteur
L'

idée en elle-même avait totalement de quoi séduire Nigel par plus d'un aspect, et si le projet se révélait aussi magistral que ce qu'en disaient les frères Yaxley, alors le projet pouvait non seulement être viable, mais qui plus est rencontrer son petit succès éditorial. Le nom de Tibérius serait un atout, il avait déjà son lectorat initial, mais ce serait en effet l'occasion d'élargir ce même lectorat. Un livre qui pouvait se lire autant pour sa portée romanesque que pour son sous-texte politique. Certains avaient besoin de belles lettres, de paraboles, pour être aiguillés politiquement, on négligeait bien souvent le pouvoir de l'identification et de l'empathie sur ses propres convictions. Et dans un monde en perte de repères, Nigel ne pouvait en rien contredire l'aîné des deux frères : oui, ce monde avait besoin de héros, leur monde, celui des sorciers. Entre le pragmatisme de Tibérius et la confiance naturelle que l'éditeur plaçait en lui et l'enthousiasme manifeste de Thaddeus, Nigel était prêt à se laisser convaincre... Mais il lui faudrait plus, évidemment, qu'un simple argumentaire tel que celui-ci pour prendre sa décision.

-L'idée est intelligente, et une oeuvre d'une telle envergure pourrait aisément trouver sa place dans nos collections, voire même rencontrer un large succès, surtout si ton nom est mis en avant, Tibérius.
Il tourna son regard vers Thaddeus. N'y voyez aucune offense, c'est malheureusement l'une des nombreuses lois cruelles de l'édition. Mais l'avantage qu'ils avaient, bien sûr, c'était celui de porter le même nom de famille. Je crois sans difficulté votre frère quand il loue votre talent d'écriture, je sais qu'il est un juge très sévère en matière de littérature, et je veux penser qu'il n'est pas de nature à se laisser aveugler par votre lien fraternel. Malgré tout, en plus du plan que vous avez apporté - et auquel je serais ravi de jeter un coup d'oeil tout de suite -, j'aimerais pouvoir disposer d'un échantillon de votre style. Même si vous n'avez jamais été publié, j'ose imaginer que vous avez tout de même l'un ou l'autre texte à me présenter qui me permettrait de me faire une meilleure idée de votre plume.

Puisqu'il connaissait très bien Tibérius et travaillait avec lui depuis longtemps, il lui faisait confiance. Il ne cherchait pas à remettre sa parole en question, loin de là, mais il pouvait à ce jour se permettre de faire preuve d'une certaine exigence, et il y comptait bien en effet. Quitte à produire une saga littéraire de grande envergure, il fallait s'assurer qu'elle puisse être d'une irréprochable qualité. Pour cela, le talent, le vrai, devait être au rendez-vous, sans aucune équivoque.

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