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 Querelle de frères, querelle de diables || Tibérius

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Thaddeus Yaxley
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Message#Sujet: Querelle de frères, querelle de diables || Tibérius   Querelle de frères, querelle de diables || Tibérius Icon_minitimeJeu 6 Jan - 22:28

Querelle de frères, querelle de diablesTibérius & Thaddeus

Voici trois jours que Thaddeus a quitté le manoir et s’est installé chez Rose suite à sa dispute avec Tibérius. Trois jours qui lui ont semblé une éternité ; le cadet Yaxley a pourtant eu de quoi s’occuper, entre la récupération de ses affaires, ses premières recherches d’appartement et quelques visites à Archie, durant lesquelles il a pris soin de ne rien dire des derniers événements ; mais le temps persiste à passer avec une incroyable lenteur, comme pour rendre encore plus difficile cette période déjà compliquée.

Au Ministère de la Magie, les deux frères - pur hasard ou calcul de leur part, nul ne peut le dire - ne se sont pas croisés. C’est un soulagement pour Thaddeus qui, malgré ce qu’il a écrit à son frère, ne se sent pas vraiment prêt pour une grande discussion. Bien sûr, il faudra bien qu’ils se parlent, et le plus tôt sera le mieux, mais c’est une perspective terrifiante pour un homme comme Thaddeus qui fuit autant qu’il le peut toute forme de conflit.

Il s’est d’ailleurs renseigné, prudemment, sur l’emploi du temps de son frère, lorsqu’il décide de passer au manoir pour rendre visite à sa mère. Tibérius a eu beau lui dire que la vieille demeure restait son foyer, il n’est pas tranquille à l’idée de s’y rendre. Objectivement, son aîné ne lui reprocherait jamais de prendre soin de Circé, et c’est un peu idiot de se comporter en proscrit ; cependant, il a délibérément choisi l’après-midi où Tibérius enchaîne les audiences, juste comme ça. Pour plus de sûreté, il n’a pas annoncé sa visite ; de toute façon, il est certain de trouver sa mère à la maison. Elle ne quitte plus guère le manoir et a peu à peu réduit son cercle social à ses enfants et à leurs conjoints. Le reste de l’humanité la fatigue, alors elle reste chez elle, à lire ou à s’occuper de ses plantes.

C’est d’ailleurs dans le jardin d’hiver que Thaddeus la trouve, munie de tout son matériel de jardinage, entourée des plantes exotiques qu’elle affectionne tant. Toute à sa joie de retrouver son cadet, elle abandonne cependant sans regret sécateur, pulvérisateur en engrais pour entraîner Thaddeus dans une longue promenade dans le parc. C’est qu’ils ont beaucoup de choses à se dire. Circé semble toujours un peu hors de la réalité, mais elle a parfaitement compris ce qui s’était passé entre ses deux aînés. Tibérius, assure-t-elle, finira par changer d’avis. Il n’a pas l’air dans son assiette, d’ailleurs, depuis le départ de Thaddeus.

Le temps passe vite lorsqu’on est en plaisante compagnie, et Circé n’est guère pressée de voir repartir son grand. Elle l’invite donc à rester pour le thé, ce qu’il accepte sans prendre garde à l’heure ; sa mère le retient encore un très long moment, puis il se lève pour prendre congé, non sans avoir dû promettre qu’il amènerait un jour Archie, dont Circé, sans qu’il sache comment, a fini par apprendre l’identité.


-Il faut absolument que tu me le présentes, lance-t-elle en oubliant allègrement que le jeune Ollivander a longtemps eu ses entrées au manoir. Venez boire le thé un de ces jours, ça me fera plaisir. J’attends ton hibou, d’accord ?

L’horloge sonne six heures, et elle se décide enfin à laisser partir son fils. Elle ne le raccompagne pas, et il devine qu’elle va verser une petite larme. L’elfe le retarde encore un instant en lui apportant une énorme boîte de biscuits qu’il a cuisinés dans l’après-midi, et voilà Thaddeus enfin prêt à reprendre le réseau de Cheminette pour retourner chez Rose, en se félicitant d’avoir réussi à éviter son frère aîné.
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Tibérius Yaxley
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Message#Sujet: Re: Querelle de frères, querelle de diables || Tibérius   Querelle de frères, querelle de diables || Tibérius Icon_minitimeMer 19 Jan - 1:01



Querelle de frères, querelle de diables
Thaddeus & Tibérius
Le portrait de son père agace Tibérius, ces derniers temps, alors il l’évite. C’est bien la première fois, d’ailleurs, qu’il esquisse un mouvement de révolte ou de rébellion contre Augustus. Vivant, il n’aurait jamais osé, et même ce tableau le terrifie. Souvent, le vieux patriarche se mêle encore des affaires de la famille ; parfois, il joue encore les conseillers, intrusif et sévère, comme si son fils n’était encore que son héritier, ou sinon son représentant, par procuration. Ledit fils a finalement mis longtemps à lui raconter les choses. Il n’ose même pas en parler à sa mère, qui sait pourtant tout, Yaxley en a la conviction, y compris qu’il ne vit pas mieux la situation que Thaddeus et qu’il n’est pas très fier de lui. On ne peut rien cacher à sa mère, et elle le connait comme si elle l’avait fait, ce qui est littéralement le cas. C’est autant par honte que pour ne pas lui faire de peine que Tibérius n’a rien dit, entreprise manquée sur tous les plans. Il a honte, sa mère a de la peine. Mais de toute façon, il n’est arrivé à en parler à personne, même pas à Rose, puisqu’il est tombé sur Thadd lui-même, chose à laquelle il ne s’attendait pas, pas plus qu’il n’y était prêt – trop tôt, trop vite. Alors il ressasse, c’est sa grande spécialité, pas prêt à rendre des comptes. Il est allé en audience une ou deux fois, mais le cœur n’y est pas. Secrétement, il s’est pris à espérer qu’il finirait par croiser son frère au Ministère ; peine perdue.

Finalement, Augustus s’en est mêlé. Alors, Tibérius a raconté, forcément. S’est entendu répondre qu’il avait manqué de courage et qu’on ne respecte pas ses ordres. Il a tiqué, heurté et blessé – parce que c’est vrai, après tout, Thaddeus ne les respecte pas. Si on conçoit ce rôle de chef de famille comme celui de dirigeant, comme Augustus l’était, il faut bien avouer qu’il n’inspire sincèrement ni le même respect ni la même obéissance. Mais ce sont des euphémismes pour dire terreur, et si Tibérius s’en rendait compte, ou si c’était réellement le cas, il n’en serait pas plus heureux, au contraire : il ne veut pas perdre la proximité qu’il a toujours eu avec ses frères et sœurs. C’est d’ailleurs pour cela que cette querelle l’affecte autant, et que quoiqu’il en dise, il s’en veuille. Tibérius n’a pas un instant réussi à se convaincre qu’il avait bien fait, et chose inédite, l’impression a persisté même en écoutant son père. « Tu aurais du y aller plus fort, c’était le minimum à faire, qu’est-ce que ce revirement, d’ailleurs, et cette air plein de regret ? » Tibérius a haussé les épaules, relevé les yeux de la cigarette qu’il laissait s’éteindre, et s’est entendu répondre : « Je ne crois pas que ce soit si grave, ni que j’aurais du m’emporter. On ne peut pas voir comme une victoire que la famille soit aussi divisée. »  Son propre courage l’a étonné lui-même. A ce moment précis, il s’est attendu à une explosion de colère, pour le moins. Mais non. Le portrait a eu l’air singulièrement étonné puis très indigné, puis pincé, à la manière comique de la vieille tante Lysandra, avant de tout bonnement disparaitre. Son fils en est resté interdit un moment, s’interrogeant sur la portée de ses actes. N’a-t-il pas raison, après tout ? N’est-ce pas Augustus qui disait, justement qu’ils étaient les maillons d’une même chaine et qu’ils ne pouvaient compter que sur eux ? Et qu’il fallait rester uni malgré les désaccord ?

Oh, et puis qu’il aille voir un scroutt à pétard si j’y suis, a finalement conclu Tibérius. Après tout, c’est lui le chef de famille, songe-t-il à présent férocement, s’affirmant, finalement, pour la première fois comme tel. Seule son opinion compte, et s’il a envie de considérer que c’était une erreur qu’il doit rattraper, ce n’est pas un portrait qui l’en empêchera. Courageux mais pas téméraire, il a évité le bureau, tout de même. Ce désaccord avec Augustus est le premier : il va lui falloir du temps pour en assumer les conséquences et s’y habituer.

De toute façon, ça ne résout rien. Regretter est une chose ; savoir comment le dire en est une autre. Surtout quand on s’appelle Tibérius Yaxley, que parler de soi vous est, en bon anglais, bon juriste rigide, et bon sang pur bon teint, doublé d’un homme de son temps sujet à une légère tendance au machisme et ayant le préjugé facile, aussi facile de s’ouvrir les veines, et que vous excusez, même si vous savez que vous êtes en tort, vous fait autant envie que de vous jeter vivant dans un feudaymon. D’autant que s’il regrette, il reste une partie de lui qui est en colère, parce qu’il déteste toujours autant Archibald Ollivander. Du moins c’est plus facile de le croire parce que ça évite de s’interroger sur le fait de savoir comment une nécessaire discussion, même si vous êtes habituellement du genre à vous targuer d’être à l’aise avec le débat et le conflit.  D’ailleurs Rose va l’entendre, elle aussi, se dit-il, sans que ça ne puisse tromper quiconque le connait. Le fait qu’il ait accepté sans broncher la lettre de la jeune femme sans y répondre, après avoir modéré son ton dans sa propre missive, parle de lui-même.

C’est dans cet état d’esprit, c’est-à-dire assez perdu, que Tibérius a lu la lettre de son frère. Sans savoir trop quoi en penser, il est parti une première journée en audience. Et puis deux, et nous voilà aujourd’hui. Ça n’a pas arrangé les choses.  Il culpabilise d’autant plus, goutant peu à l’idée d’être pris en faute, le rôle de donneur de leçon lui étant habituellement dévolu. Il est un peu en colère aussi : si lui a réfléchi, Thaddeus n’a pas infléchi une seconde sa position, et le juge un instant que son frère pourrait faire un effort.

Voilà où il en est lorsqu’il passe de nouveau le feu du manoir, un peu tardivement pour un horaire normal de bureau, mais tôt pour une audience dont Yaxley pensait qu’elle finirait à 21 heures. Feu qu’il ne passe que pour tomber nez à nez avec son cadet. « Thadd ? » Il ne devrait pas être aussi surpris. Après tout, lui-même a dit qu’il ne le chassait pas, ne compte pas le faire, et il sait bien que son frère vient voir leur mère. Tibérius n’a rien dit et préféré faire comme s’il ne savait pas : c’est aussi une manière d’approuver de façon silencieuse. « Décidemment. » Qui chercherait bien verrait dans cette remarque un sourire en coin, une manière de rire de lui-même. Peut-être pas assez explicite, ceci-dit, mais Yaxley a au moins la décence de ne pas ajouter « ça devient une habitude ». En fait, il ne sait pas trop quoi dire. D’un ton dégagé, parce qu’il ne peut pas rien dire, il lance : « Tu es venu voir mère ? » Il connait déjà la réponse, du moins pense la connaitre, parce qu’il sait aussi que la lettre de Thaddeus était un pas vers lui et que son frère n’en fera pas d’autre – que c’est à lui de le faire, aussi.  « J’allais te répondre. J’ai eu ta lettre hier. » Ajoute-t-il donc après un instant de silence. Ça tombe mal, un peu comme un cheveu sur la soupe, mais c’est dit. A vrai dire, Yaxley a aussi honte de ne pas avoir fait le premier pas, alors, il prend son courage à deux mains, et achève :  « Je pense aussi que nous devrions parler. Enfin, si tu veux bien. »

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Message#Sujet: Re: Querelle de frères, querelle de diables || Tibérius   Querelle de frères, querelle de diables || Tibérius Icon_minitimeJeu 20 Jan - 22:47

Querelle de frères, querelle de diablesTibérius & Thaddeus

-Romsy… Ce n’est pas la peine, vraiment pas…

La main déjà dans le pot de Poudre de Cheminette, Thaddeus a été stoppé net par la petite voix de l’elfe de maison qui accourait vers lui, une grande boîte en métal brandie au-dessus de sa tête. Dans la boîte, un assortiment de gâteaux, de biscuits, de mignardises en tout genre.

-Romsy les a cuisinés exprès pour Maître Thaddeus, lance l’elfe avec fierté.
-Tu sais, je mange très bien, chez Rose. Ce n’est vraiment pas la peine de t’inquiéter.
-Romsy a aussi préparé des tartelettes au citron pour Maîtresse Rose,
ajoute l’elfe. Maître Thaddeus pourra partager avec elle.

Comment résister à une telle prévenance ? Incapable de décevoir le minuscule serviteur qui le regarde avec des yeux suppliants, Thaddeus accepte la boîte de friandises, ce qui comble de joie la créature.

-Romsy doit retourner préparer le dîner ! lance l’elfe dans une ultime courbette avant de s’éclipser à toute allure.

Le juge le regarde filer, un sourire attendri aux lèvres, puis, revenant soudain à la réalité, se rappelle qu’il devait partir. Il manque de renverser le pot de Poudre de Cheminette lorsque le feu de l’âtre se met tout à coup à rougeoyer, signe d’une arrivée imminente. Et quelle arrivée ! Le maître de maison en personne. Le sourire de Thaddeus s’efface instantanément, tandis qu’il salue son frère avec un brin de raideur :


-Bonsoir, Tibérius. J’allais partir, ajoute-t-il par réflexe.

Écrire à son aîné était déjà difficile, mais se retrouver face à lui est une véritable épreuve. Thaddeus a réussi à éviter toute rencontre avec lui au Ministère, pas par hostilité, mais, précisément, pour ne pas avoir à se lancer dans une pénible explication avec lui. Son aversion pour toute forme de conflit lui fait penser qu’il vaut mieux se murer dans le silence que d’avoir une conversation trop franche. Leur ébauche de dispute de l’autre jour lui a amplement suffi, et pourtant elle semblerait bien pâle à la plupart des gens. Une dispute ? Quelques mots un peu vifs, tout au plus, diraient les personnes habituées aux véritables altercations.


-Oui, je suis venu passer l’après-midi avec elle, j’avais pris congé spécialement, poursuit Thaddeus en réponse à la question de Tibérius, toujours sur ce ton un peu mécanique qu’il n’aime pas s’entendre.

Un instant, il songe qu’il est temps de couper court, de franchir à son tour le feu pour rentrer chez Rose, dans le confort rassurant de son appartement - il est terriblement triste de se rendre compte à quel point le manoir est devenu, en quelques jours, un cadre oppressant. Mais son frère ne l’entend pas de cette oreille, et il poursuit la conversation en abordant le sujet de la lettre.


-Ce n’est pas la peine que tu répondes si tu ne le souhaites pas, répond Thaddeus, un peu trop précipitamment pour ne pas trahir une certaine gêne. Je n’attendais pas forcément de réponse. Il y a des choses que je tenais à te faire savoir, c’est tout.

C’est que cette lettre, si abruptement franche, reste un douloureux souvenir pour le cadet Yaxley, plus habitué à prendre sur lui qu’à exposer ses sentiments. Écrire lui a fait du bien, mais en envoyant la missive, il s’est senti penaud, comme s’il se dénudait, comme s’il faisait quelque chose de mal, d’immoral. Il a un peu l’impression de s’être imposé, quelque chose qui lui est aussi étranger que de chercher le conflit. Le simple fait que Tibérius reparle de cette lettre suffit à le mettre mal à l’aise. Il n’est donc pas surprenant que la suite le laisse presque sans voix - quelques secondes, pas plus, parce qu’il faut bien répondre, sous peine de passer pour un idiot vindicatif.

-Que nous devrions parler, répète-t-il comme pour se familiariser avec cette idée. Si tu veux, oui, d’accord. Pas ici, je suppose. Où allons-nous ? Dans ton bureau ?

S’intéresser à ce détail concret permet de rendre la perspective d’une discussion moins effrayante. Croyant déceler une certaine répulsion pour le bureau dans la moue de Tibérius, il propose une autre solution :

-Nous pourrions faire quelques pas dans le parc, il fait encore bon.

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Tibérius Yaxley
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Message#Sujet: Re: Querelle de frères, querelle de diables || Tibérius   Querelle de frères, querelle de diables || Tibérius Icon_minitimeAujourd'hui à 1:24



Querelle de frères, querelle de diables
Thaddeus & Tibérius
Dans le conflit, Tibérius Yaxley n’est pas mauvais : sur le moment, il a souvent la certitude d’avoir raison et il ne comprend pas qu’on ne se rallie pas à son point de vue, alors il le défend jusqu’au bout, à moins qu’on ne lui démontre, en général sur le même ton pour qu’il accepte de l’entendre, qu’il a tort. Le problème d’une telle attitude, c’est qu’elle ne fonctionne que pour des choses sans enjeux véritables et des choses pour lesquelles Tibérius est vraiment sûr de lui, ce qui est loin d’être le cas, en témoignent ses doutes constants depuis le départ de Thaddeus et sa querelle avec son père. Surtout, une telle attitude ne peut fonctionner qu’avec des gens auxquels il ne tient pas et dont les opinions l’indiffèrent. S’il s’enorgueillirait presque de se moquer des états d’âmes des gens de façon générale, si peu rationnels, si contradictoires, et si contrariants car ne respectant pas son schéma de pensée pourtant logique (selon lui) car basé sur les traditions et l’ordre naturel du monde sorcier ou des règles fixes du droit, il en va autrement des membres de sa famille. Parce qu’indéniablement ils sont à part. Parce qu’il a de l’estime pour eux. Et peut-être aussi parce qu’il n’a qu’eux, en vérité, pour la simple et bonne raisons qu’ils sont du même sang et par conséquent qu’ils ont la même manière de raisonner. Toujours est-il que dans le cas de ces gens, et Thaddeus, qui a toujours été son frère préféré, il ne peut pas s’en moquer et soudainement, le conflit qui est son terrain de jeu devient sa hantise. Cette manière de trancher les choses définitivement lui joue des tours, d’autant plus qu’il n’est pas très bon pour se contrôler lui-même ou revenir sur ses propos, ou les nuancer. Le compromis n’est guère le fort de Tibérius, pas plus que les excuses ou exprimer à quel point il est malheureux d’une situation.

Encore moins à l’improviste. Ses blocages ne sont pas ceux de son frère, encore qu’on pourrait dire qu’ils se ressemblent, non sur le conflit, mais sur le fait de ne pas parler de soi et de ses états d’âmes, pour des raisons différentes. Alors la conversation démarre sur un ton un peu raide, qui essaye de garder une neutralité acceptable pour le public : rien n’est dit et pourtant tout ce conflit prend toute la place entre eux. Ne voulant pas en remettre une couche, Tibérius n’est pas non plus aidé par le fait qu’il a excessivement peur d’être mal compris, alors qu’en Thaddeus lui dit qu’il s’en va, il s’empresse de répliquer : « Ce n’est pas ce que je voulais dire. Ne te sens pas obligé de partir parce que je viens d’arriver. » Il y a eu assez de qui pro quo comme ça, et il voudrait bien que son frère comprenne qu’il était sincère lorsqu’il a dit que le manoir restait son foyer. Au demeurant, il ne veut pas reprocher à son frère de venir voir leur mère. Circé a besoin de compagnie, le juge le sait. Il a un peu honte de lui infliger ça à elle aussi, ce qui fait définitivement beaucoup de culpabilité et d’interrogations à porter en ce moment. Sa mère doit se douter de certaines choses, il le sait. Sans doute avoir pris le parti de Thaddeus, il s’en doute également, ça a toujours été son préféré. Tibérius laisse faire. Il n’a pas le cœur à se battre avec elle dans son état, ni à interdire à Thaddeus de la voir. Il a même fui toute forme de conversation avec Circé, faisant semblant de ne pas entendre les sous-entendus de sa mère. Il n’est ni au clair avec lui-même ni avec Thaddeus, alors rendre des comptes à sa mère…et puis il a déçu suffisamment de gens comme ça. Evidemment, Circé le connait par cœur, elle n’est pas dupe – mais personne ne connaissant suffisamment Tibérius ne le serait. Il est mal.

En témoigne sa gêne quand il parle de la lettre. Les mots sont sortis tous seuls, à vrai dire. Il n’était pas prêt à cette confrontation, mais il ne veut pas que son frère croit qu’il l’ignore. Non, ce n’est pas ça, aimerait bien répondre le juge. En fait, c’est simplement que par lettre, ça aurait plus facile. Quitte à prendre un peu plus de temps pour rassembler ses arguments, et se confronter à l’idée d’avouer qu’il a eu tort. Mais ce n’est pas se confronter réellement aux choses et ce serait source de qui pro quo et c’est un peu lâche. Alors Tibérius finit par proposer qu’ils parlent. Après tout, ça le dispense de faire ce premier pas pour lequel il n’a pas la moindre idée de comment s’y prendre. Et puis voilà, de toute façon, maintenant, c’est fait, il ne peut plus reculer.

Encore que la perspective de retourner dans on bureau le contrarie soudainement. Thadd n’a évidemment pas la moindre idée de la querelle qui se joue avec le portrait de Augustus, mais son ainé saute avec soulagement sur la proposition alternative : « Le parc, c’est très bien, oui. »

Les voilà partis, cheminant côte à côte sans rien dire un moment. Il y a quelque chose d’un peu gauche dans cette démarche, alors que tout autour d’eux est pourtant familier. C’est le parc de leur enfance ; au bout, il y a le verger, et puis loin encore les champs, et quelques pâturages, domaine campagnard s’il en est et qu’ils apprécient pourtant tous. A la fin, c’est Tibérius qui rompt le silence, auparavant à peine troublé par le crissement des graviers sous leurs pas. « Le portrait de père est…extrêmement mécontent de mon attitude, je crois que c’est le mot. A l’idée que je puisse vouloir répondre à ta lettre. Il trouve que je ne vais pas assez loin et que mon attitude, est, je cite, faiblarde. Je suppose qu’il désapprouverait également que nous ayons cette conversation de vive voix. » A vrai dire, Augustus désapprouve à peu près tout à propos de cette histoire et nul besoin de préciser à son frère qu’il est concerné au premier chef. Il sera sans doute plus étonnant pour Thaddeus de constater que son héritier et successeur est en désaccord profond avec lui sur le sujet, même si Tibérius serait bien incapable de préciser pourquoi.

De toute façon, pour le moment, le portrait ne le préoccupe pas et pour la première fois de sa vie, Tib’ se dit que ce n’est qu’un tableau. Ce qui compte, c’est ce qu’ils se sont dit, finalement, car ses mots à lui sont les seuls à avoir causés de véritables dégâts – du moins entre eux, car évidemment, c’est autre chose dès que l’on rapporte ça aux propres angoisses de Yaxley quant à son rôle de chef de famille. Le silence retombe donc un moment alors qu’il cherche comment commencer, avant de lâcher d’un ton sourd : « Je ne pense pas que ce serait mieux si tu étais mort, et ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, je ne le souhaite pas non plus. Ce n’était pas… » Ce n’était pas contre toi, ni même cette relation, c’est simplement cette saleté de situation, parce que je suis chef de famille et qu’il faut bien que je donne des ordres ? Il n’achève pas, pourtant. N’est-ce pas une marque de faiblesse, l’aveu d’un échec ? Il ne sait pas trop. En attendant, Tibérius voudrait aussi que son frère comprenne que s’ils sont en désaccord, voire en froid, cela ne vaut pas et n’est pas un bannissement à vie.  « Et c’est la même chose, également, quand j’ai dit que je ne te chassais pas. Je ne pensais pas…enfin, il n’était dans mes intentions de faire comme si ça m’indifférait et que tu n’existais plus. J’essayais simplement de…trouver les mots. Parce que je m’étais emporté. Et que je voulais…enfin, je ne voulais pas en arriver à une rupture définitive. »

l faudrait des excuses, mais les mots ne sortent pas. Chez lui, c’est simplement beaucoup d’un coup, rien que de dire tout cela, alors même qu’il craint que le remède soit pire que le mal et que malgré ses tentatives, pas toujours assumées et toujours maladroites, Thaddeus ne comprenne pas de nouveau. Au moins ils parlent et ce n’est pas un conflit, ce qui est bien, déjà, car ils ne sont pas aidés par leur caractère respectifs, ici. Tournant la tête vers son cadet, Yaxley essaye de deviner si le message passe et s’ils se comprennent. Dire franchement les choses aiderait sans doute l’introverti qu’est son frangin, mais sur le point, ils se valent et la fierté de Tibérius n’aide pas non plus. « Tu reste mon frère, si je n’ai pas été clair sur ce point. Et je le pensais quand je disais que tu restais le bienvenue.  » Il s’arrête de marcher, pour finir, en plein milieu du chemin : « Et je ne veux pas que cette famille se délite ou explose. Mais je ne vois pas comment faire sans imposer des règles, parce que c’est mon rôle, ni si vous n’obéissez pas. Je veux dire, c’est à ça que je sers. Si je suis incapable de faire respecter une décision ou mes opinions, c’est un échec. Et au vu de ce qu’il s’est passé entre nous, je m’aperçois que je ne sais pas faire. Si en plus, c’est contre-productif et qu’on ne se parle plus…bref. Peut-être que père a raison, finalement. C’est pour ça que je dis que ça ne peut pas être pire. » Ce discours est-il très clair ? Non, pas forcément. Cette confession faite à Thaddeus est venue de nulle part. Tibérius ne parle que très peu de son rôle : il fait, c’est tout, avoir des doutes n’est pas acceptable, ou en tout cas verbalisable – à l’instant, il est aussi surpris qu’il a honte de s’être laissé aller ainsi. Mais il se sent un peu plus léger. Ça n’excuse rien, mais peut-être est-ce un bon éclairage et un bon point de départ pour comprendre sa réaction – pour la contrition en elle-même, on verra plus tard.

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