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 Le Bon, la Brute et les Truands || Rory Callahan

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MANGEMORT
Archibald Ollivander
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Message#Sujet: Le Bon, la Brute et les Truands || Rory Callahan   Le Bon, la Brute et les Truands || Rory Callahan Icon_minitimeLun 12 Sep - 23:46

Le Bon, la Brute et les Truands
ft. Rory Callahan
Face à l’entrée de l’Allée des Embrumes, Archibald marqua un arrêt, avant de faire comme si de rien n’était. Le jeune homme se rappelait parfaitement la dernière qu’il était venu ici. Il en était ressorti empli de satisfaction, particulièrement heureux d’avoir trouvé un professeur apte à lui apprendre ce qu’il désirait savoir de la Magie Noire. Quelle erreur. Voilà où toute cette affaire l’avait menée : aujourd’hui, il était marqué au fer rouge, tatoué comme du bétail, obligé de mettre ses recherches au service d’une cause et d’un homme en lesquels il n’avait aucune foi. Archibald le sentait, toute cette situation le faisait changer… Il devenait menteur et nerveux, constamment sur le qui-vive, vérifiant en permanence que la marque qui ornait son avant-bras gauche ne le trahissait pas. Néanmoins, jusqu’à maintenant, le jeune homme avait eu la chance de ne pas avoir à s’impliquer autrement que par ses recherches ; de toute évidence, son seigneur et maître avait décidé qu’il était temps que cela change.

Arpentant les rues de l’Allée des Embrumes, Archibald prit la direction de l’Emerald’s. Il connaissait bien évidemment l’établissement, sans jamais l’avoir fréquenté auparavant. La réputation de ce bar n’était plus à faire : de nombreux Sang-Purs s’y retrouvaient régulièrement, réunissant le gratin de la haute dans une ambiance… particulière. Archibald était un commerçant de l’allée principale du Chemin de Traverse : il était habitué aux couleurs des devantures, à l’animation de la rue, aux cafés en terrasse. L’ambiance de cet établissement… Archibald était bien loin de sa zone de confort. Mais au point où il en était, il n’était plus à ça près.

Ce fut donc avec une nonchalance feinte que le jeune fabricant poussa la porte de l’établissement. D’un coup d’œil, il embrassa l’entièreté de la salle et retint de justesse une grimace de malaise : le désavantage, quand on était le principal fabricant de baguettes d’Angleterre, c’était qu’on connaissait beaucoup, beaucoup de monde, et Archibald reconnaissait trop de visages à son goût dans ce bar. Il aurait préféré passer incognito, mais la simple idée de dissimuler son visage l’avait mis mal à l’aise. Il n’était pas un criminel. Pas encore. Pas vraiment.

N'est-ce pas ?

Archibald avait des indications sur la marche à suivre. Il devait retrouver, dans ce bar, le gérant, un certain Rory Callahan. Le nom ne lui disait pas grand-chose, il avait vaguement l’impression de l’avoir déjà entendu quelque part, sans plus. Archibald préférait ça. Ce dont le jeune homme avait le plus peur, pour l’instant, était d’un jour tomber face à face avec une de ses connaissances qui porterait également la marque. Ce jour-là, il n’était pas bien sûr de comment il réagirait.

S’approchant du bar, le jeune homme s’y accouda donc, peu naturel dans son attitude. Il ne fallut pas longtemps avant qu’on ne s’intéresse à lui et, lorsque le barman s’approcha de lui, le jeune homme retint son souffle. Il sentait une tension dans l’atmosphère, comme si la présence d’un nouveau venu dérangeait. Archibald avait la désagréable impression d’avoir une cible en plein milieu du dos – mais peut-être n’était-ce que son imagination ?

- Qu’est-ce que j’peux pour vous ? demanda le barman.
- Hum… J’ai, comme qui dirait, rendez-vous avec le gérant de cet établissement. Rory Callahan. Je suis Archibald…

Il y eut un long silence pendant lequel le barman sembla soudain s’intéresser particulièrement au jeune homme, le jaugeant du regard, comme le passant à la loupe. Devant l’absence de réponse et un tel regard, le jeune homme ne put empêcher sa nervosité de transparaître. Etait-il seulement au bon endroit ? On lui avait bien dit de se rendre à l’Emerald’s pourtant, et il n’y avait pas des centaines d’établissements portant ce nom. Alors quoi ? Cet homme avait-il seulement compris ce qu’il venait de dire ?

Finalement, le barman qui lui faisait face hocha la tête et se détourna de lui.

- Patron ! Y’a un homme pour vous. Un certain Archibald.

Archie faillit soupirer de soulagement, mais l’air resta bloqué quelque part dans sa gorge. Quand Rory parut, le jeune fabricant comprit que c’était maintenant que commençaient les choses sérieuses.

- Archibald Ollivander, se présenta-t-il en tendant la main à Rory. Ravi de vous rencontrer.

A vrai dire, le jeune homme aurait préféré ne jamais se retrouver dans cette situation. S'il n'y avait pas eu cette marque... S'il n'avait pas commis cette erreur... Par Merin... Il n'avait pas sa place ici. Archie, dans cet établissement, n’était encore qu’un innocent petit agneau. Pourquoi était-il venu se perdre au milieu des loups, au juste ?
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MANGEMORT
Rory Callahan
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Message#Sujet: Re: Le Bon, la Brute et les Truands || Rory Callahan   Le Bon, la Brute et les Truands || Rory Callahan Icon_minitimeMer 14 Sep - 1:13

Les soirs un peu pluvieux étaient ceux qui rapportaient le plus de monde au Emerald. Et donc, les soirs un peu pluvieux étaient ceux qui rapportaient le plus d'argent à Callahan. C'était ce qui l'intéressait principalement : l'argent. La thune, la monnaie, la maille, le dur. Sentir les galions glisser entre ses doigts était un sentiment grisant et le vieux roublard ne s'en lassait pas.
Assis sur son épais siège matelassé, d'un goût très discutable, au milieu d'un salon privé un peu sombre, enfumé, calfeutré derrière des rideaux occultant aux motifs désagréables, Rory Callahan comptait ses recettes. Affairé d'une plume, d'un grand livre de parchemins reliés, et de multiples tas de pièces dorées, le tenancier du Emerald gérait ses comptes dans un silence religieux. Il était concentré. Un trou suffisait à mettre toute la machinerie en péril, alors mieux valait ne pas se tromper. Ainsi donc, il comptait, et plutôt deux fois qu'une. Il avait en horreur qu'on rechigne à la tâche, qu'on ne se mouille pas, un peu, pour la bonne cause. Il appliquait, évidemment, ses principes à la lettre. Sinon, à quoi bon ?

En matière de principes, il était drôlement fourni, le gaillard. Il détestait qu'on parle fort en sa présence, il ne supportait pas qu'on mâche la bouche pleine, exécrait la fumée de cigarette en plein visage... en fait, Rory n'aimait pas les autres, voilà tout. Tout ce qui avait attrait à un être vivant avait tendance à le rebuter. Tout, sauf quand il s'agissait de ses inébranlables briscards. Ses voyous, ses malfrats, sa petite bande d'Irlandais surexcités, eux, il les aimait profondément. Il y avait nécessairement une forme d'amour là où il y avait de la ressemblance. Rory n'était pas un type qu'on aimait regarder. Il était affublé d'une coupe de cheveux douteuse, sa peau était ridée, agressée par une vie de débauche, et l'épaisse cicatrice ornant son cou finissait bien le tableau. Il n'avait jamais été réellement accepté, jamais réellement aimé, sauf par les siens. Sauf par cette bande de mafieux qu'on ne présentait plus à Londres.

La Pègre Irlandaise était une véritable pieuvre de méfaits qui se mouvait sans gêne dans les tréfonds de la capitale anglaise. Tout y passait : racket, agressions, enlèvements, extorsions, paris truqués, assassinats... rares étaient les activités que ces gens-là ne pratiquaient pas. L'argent les obnubilait tous, et tout ce qui rapportait de l'argent était dans leur domaine d'expertise. C'était bien connu que rien n'était plus agréable que de rapporter de l'argent sale ; car cet argent-là était toujours le fruit d'une quelconque fourberie. Il fallait être malin pour ce monde des bas-fonds, et des rusés, dans la bande des Irlandais, on pouvait en croiser un bon nombre. A leur tête : le fameux Callahan. Probablement pas le plus malin d'entre tous, mais certainement le plus terrifiant. Sans remord, ni regret, l'homme était typiquement capable de tout.

Mais ce soir, Rory Callahan ne comptait pas la monnaie du crime. Il comptait la recette du bar qu'il avait hérité de son père, quelques années auparavant. C'était depuis ce repaire, planqué au fond de l'Allée des Embrumes, que Callahan dirigeait la pègre magique Irlandaise. Ce n'était pas un secret. Pour personne. Même la Gazette devait bien être au courant, d'une quelconque façon, que l'Irlandais enfreignait les lois depuis le comptoir à Whisky le mieux fréquenté du coin. En effet, le Emerald était un lieu prisé de la bonne bourgeoisie magique Londonienne – accessoirement de sang-pur évidemment. Rory avait su galvaniser l'attention de cette classe très particulière en un lieu où tout était fait pour leur plaire. Ce n'était pas « bon chic, bon genre » ; c'était plutôt... élitiste. A ce petit jeu de la ségrégation par l'argent, Callahan était un homme affûté. Il savait ce qu'un grand Directeur de Département du Ministère voudrait boire en sortant des affaires. Il connaissait sur le bout des ongles la marque de cigare qu'un autre prendrait. Il n'avait aucun doute sur les petits plaisirs que quelques sangs-purs s'autorisaient dans les rencontres cloisonnées de leurs demeures. En fait, Rory connaissait par cœur leurs mœurs car c'était son fond de commerce et – surtout – la classe sociale à laquelle il rêvait d'appartenir. Il était impossible de devenir « quelqu'un » sans savoir qu'on le devenait seulement grâce à d'autres. Malin, comme déjà précisé, Rory s'était empressé de jouer avec les codes du jeu auquel il aspirait participer, d'ici peu.
Pour l'heure, il n'était que l'homme de tout les plaisirs pour ces gens-là et cette position était parfaite.

Rory avait son plan en tête. Il lui fallait du temps, certes, mais des connaissances aussi. Il savait qu'il n'arriverait jamais seul à se faire une place dans un monde qui n'était pas le sien. S'accaparer un siège était un exercice risqué, mieux valait ne pas y perdre un doigt ; l’hémorragie n'aurait eu de cure que le trépas. Aucune magie ne pouvait sauver d'une erreur lors de ce jeu dangereux ; la politique était un domaine dans lequel Rory n'avait aucune expérience : il était donc nécessaire d'être patient.

Mais, la vie réservait des surprises amusantes à Callahan. Jedusor lui avait demandé de rencontrer l'un de ses jeunes sbires. Un certain Archibald Ollivander. Ce que Jedusor avait en tête n'était pas très clair, comme toujours, mais Callahan n'avait pas sourcillé. A son habitude, le mafieux ne posait pas de question, et appliquait les ordres à la lettre. Une qualité qui lui avait valu d'être dans les rares à porter cette immonde marque sur le bras. Rory n'était pas spécialement fier de cette appartenance, mais il sentait qu'il y avait une véritable valeur à suivre ce mouvement. Il y croyait, d'une certaine façon. Et si Jedusor avait bien dû percevoir que le mafieux n'était l'homme le plus fervent de ses serviteurs, il savait également que Callahan était un mafieux des plus loyaux aux causes dans lesquelles il s'engageait. Sans esbroufe, Rory ne vacillait pas, ne tremblait pas. Il exécutait, sans une once de doute ou de regret.
Rencontrer Ollivander, et puis quoi ? A quoi bon servirait donc la présence d'un roublard à la voix rauque, dans l'éducation d'un jeune mangemort ? Jedusor n'avait pas été clair ; alors Rory avait décidé qu'il s'agissait de l'endurcir.
Il déposa une épaisse bourse de galions sur la table. Encore une.

- Merde, faudrait pas oublier de payer cette peau pourrie du Ministère. Manquerait plus qu'ils viennent foutre leur nez ici... salopards.

Prêt à s'allumer une nouvelle cigarette, il toussa jusqu'à s'en racler la gorge dans un râle désagréable. Il cracha dans la poubelle à côté de lui. Un glaviot oscillant entre glaire et sang s'y déposa. Il essuya sa bouche et tendit l'oreille. C'était ce vieux loup de Vincent qui le sonnait. Ce dernier tenait le bar, à proprement parlé. C'était un homme au goût exquis pour les spiritueux et autres mets divins et alcoolisés. C'était aussi un grand arnaqueur qui avait initié, il y a bien longtemps, Rory au jeu dangereux des paris sportifs.
Callahan se leva, reboutonna sa veste. Un trois pièces impeccable, finement réalisé par les elfes de la maison de couture anglaise Rose, installée non loin, sur le chemin de traverse. Il alluma une cigarette et sortit du salon privé.
Il déboucha directement dans la réserve du bar. Il contourna quelques malfrats affairés à l'élaboration d'une nouveau coup, et débarqua dans la pièce maîtresse de l'établissement. Une bouffée de fumée le suivait. Vincent lui tendit un verre. Comme d'habitude, double, sec.

Rory observa la pièce. Il avait vu Archibald, devant, face au comptoir. Il guettait surtout les autres. Qui était de la partie ce soir ? Il finit par se pencher sur le bar. Il toisa le jeune un moment, sans un mot. Il tirait sur sa cigarette, sans lâcher des yeux le jeune homme. Et, finalement, ce dernier se présenta. Il tendit sa main vers Rory.

- Ravi ? Hé ben. T'entends ça, Vincent ? Il est ravi de me rencontrer.

Sa voix rauque résonnait. C'était presque supportable de l'entendre tant elle était hachée, comme si la cicatrice lacérait chaque foutu mot qu'il prononçait. Il fit le tour du comptoir, termina son double d'une traite et vint jusqu'à la hauteur d'Archibald. Il s'installa sur un des sièges et continua de l'observer.

- Qu'est-ce qui t'amène ici, toi ?

La question était légitime. Le petit semblait si peu accommodé à l'endroit qu'il transpirait l'incertitude. Pourquoi Jedusor voulait-il le foutre dans les pattes de Callahan. Une punition ? C'eût été une drôle de surprise. Rory n'avait pas fait de pas de travers depuis un moment... non, il y avait chez Ollivander quelque chose de Jedusor voulait déceler. C'était certain. Il ne restait plus qu'à savoir quoi. Il héla Vincent de leur rapporter une bouteille, et un verre pour Archibald. Rory remplit lui-même les verres. Il termina sa cigarette.

- Bon. Tiens. Il lui envoya une baguette dans les mains J'ai trouvé ça l'autre jour. M'a l'air cassée. Qu'est-ce que tu en dis? Cela allait sans dire que la baguette n'était pas sans histoire. Une sombre histoire de dette non payée. Il laissa une longue pause, le temps de rallumer une cigarette. Ollivander... le nom doit rapporter du blé, je me trompe ? T'aurais pas un ancien à la Justice Magique, toi ? Le vieux Harry...

La Justice et Callahan était une longue histoire d'amour et de haine qu'on ne saurait raconter sans s'étendre. Rory les connaissait tous là-bas, ils avaient tous finis, à un moment donné, par venir lui chercher des noises. Et ce qu'il ne supportait pas, l'Irlandais, c'était qu'on vienne lui chercher des noises.

- Tu serais pas là pour venir me faire cracher des parchemins, hein ?

Si une chose rendait fou Rory, c'était bien la police et ses indicateurs. Merde, paranoïaque comme il était, il aurait pu égorger le jeune Archibald sur place tellement ça le foutait en rogne de savoir une progéniture de condé dans son bar. Nobby pouvait venir. Les autres... les autres restaient généralement loin de lui. Ça valait mieux pour tout le monde, ici bas.
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Message#Sujet: Re: Le Bon, la Brute et les Truands || Rory Callahan   Le Bon, la Brute et les Truands || Rory Callahan Icon_minitimeVen 16 Sep - 0:44

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Archibald avait toujours eu une grande confiance en lui et en ses capacités. Il n’avait jamais été le genre de personnalité prompte à l’auto-sabotage, bien au contraire. Ayant compris très tôt – notamment grâce aux peu de contacts qu’il avait eu avec son père – qu’il ne pourrait compter que sur lui-même pour se pousser vers le haut, le jeune homme avait appris, beaucoup, de façon constante. Cet apprentissage atteignait bien évidemment son paroxysme dans les baguettes, en témoignait sa place à la boutique, mais, depuis peu, cet apprentissage se diversifiait. Il y avait bien évidemment la magie noire, qui faisait désormais partie de sa vie, mais également l’art du duel qu’il apprenait aux côtés de Derek, lors des missions en commun que le jeune homme acceptait de temps en temps de mener pour le compte de Gringotts. On pouvait dire d’Archibald qu’il était un touche-à-tout, qu’il avait même plusieurs cordes à son arc, et le jeune homme en était plutôt fier.

Il suffit pourtant que cet homme en costume trois pièces passe le pas de la porte pour que toute cette belle fierté largement mérité s’envole, disparaissant comme neige au soleil. Si Archibald n’était pas forcément des plus à l’aise en entrant dans le bar, il était désormais définitivement fébrile. Il avait en face de lui un homme – en était-ce bien un d’ailleurs ? – dont le seul regard parvenait à retransmettre un vif sentiment de puissance. C’était la seule chose qu’on pouvait lire dans l’attitude de Rory Callahan : une puissance brute, comme celle d’une bombe, prête à exploser à tout moment. Et l’épaisse cicatrice qui lui mangeait le cou n’aidait en rien à adoucir cette image. L’attitude du patron de l’Emerald’s n’aidait pas non plus.

Sans pouvoir s’en empêcher, Archibald sentit le rouge lui monter aux joues lorsque Callahan se contenta de plaisanter avec son barman devant la main tendue du jeune fabricant de baguette. Archie avait parfaitement conscience d’avoir toujours été – au moins un peu – protégé, et il pouvait remercier son oncle pour cela : il avait vécu dans sa bulle tout ce temps, se limitant aux bonnes fréquentations du Chemin de Traverser, de la boutique et quelque unes qui lui restaient de Poudlard. Depuis qu’il avait rencontré Jedusor, Archibald savait que sa vision du monde devait s’élargir, et qu’il devait s’adapter très vite à ce changement s’il ne voulait pas être dévoré tout cru. C’était d’ailleurs sûrement pour ça qu’il se retrouvait ici. Les seules indications qu’il avait reçues consistait en un demi-sourire sans joie de la part de son Seigneur, avant que ce dernier ne lui affirme que Rory saurait, à coup sûr, parfaire ses capacités. Archibald le savait, s’il était ici, c’était pour faire ses preuves. Il n’avait aucune envie de le faire – mais avait-il seulement le choix ? Il ne tenait pas à savoir ce qu’il se passerait s’il venait à désobéir. Pour l’instant, mieux valait suivre le mouvement.

- On m’a dit de venir vous trouver, que vous sauriez… « mettre mes compétences à profit », répondit-il alors, son regard papillonnant de droite à gauche, n’importe où pourvu qu’il ne se pose pas sur la cicatrice de l’homme qui lui faisait face. Je suis là pour être mis à l’épreuve, j’imagine…

D’un œil incertain, Archibald regarda le verre se poser devant lui sur ordre du grand patron. Il n’était pas bien sûr… La dernière chose que souhaitait le jeune homme, c’était de se retrouver ne serait-ce qu’un peu saoul en présence de… tous ces gens, en fait, car si Rory Callahan ne lui inspirait que fébrilité, il en allait de même pour les autres personnes ici présentes. Malgré tout, il porta le verre à ses lèvres lorsque l’Irlandais initia le mouvement ; s’il craignait de perdre ses moyens, il craignait encore plus de se retrouver en mauvaise position vis-à-vis de Rory. Il but. La boisson lui fit étrangement du bien.

Mais ce qui, miraculeusement, le rassura plus qu’autre chose, ce fut la baguette que lui tendit – que lui lança, plutôt – Callahan. S’il était bien une chose que maîtrisait le jeune homme, c’était l’art des baguettes, et il ne lui fallut pas plus de quelques secondes pour analyser celle qui se trouvait entre ses mains.

- Aubépine, ventricule de dragon. A vu de nez, elle n’atteint pas les vingt-et-un centimètres, et elle est très flexible. J’en dis que son propriétaire était soi un savant fou soit un escroc, commenta-t-il en haussant un sourcil un tantinet méprisant.

Il reconnaissait là le travail de son oncle. S’ils savaient pertinemment, l’un comme l’autre, qu’ils n’avaient aucun pouvoir sur la vie de leurs œuvres, savoir qu’une baguette avec tant de potentielle avait très certainement finie entre les mains d’une petite frappe agaçait prodigieusement le jeune homme. Parfois, Archibald déplorait vraiment l’usage qui était fait de la magie, allant même jusqu’à penser, dans ses mauvais jours, que tous les sorciers ne devraient pas avoir accès à une baguette, quand on voyait ce qu’ils en faisaient…

D’un mouvement, il tenta un Lumos qui ne donna aucun résultat. A première vue, la baguette n’avait aucun dommage extérieur. Le problème devait donc venir du cœur.

- Cette baguette a été arrachée à son propriétaire ? L’aubépine est un bois capricieux. Associé à un cœur comme le ventricule de dragon, qui est particulièrement instable s’il n’est pas maîtrisé, on se retrouve avec une baguette qui est tout bonnement butée. Soit elle refuse d’obéir, soit le cœur s’est auto-détruit en passant entre trop de mains. Rien d’irréparable, affirma le jeune homme.

D’un geste, Archibald se débarrassa de sa sacoche sur le siège vide à côté de lui et en tira une trousse à outil qu’il déplia sur le comptoir à côté de lui. Il y avait aussi bien des outils de menuiserie que des objets purement magiques, comme des pierres recouvertes de runes ou encore des tiges qui semblaient être en or, presque aussi fines que des aiguilles. Il en tira une, la maniant avec délicatesse, et l’inséra dans le manche de la baguette, qu’elle pénétra comme si de rien n’était.

Se concentrer sur autre chose permettait à Archibald de se sentir plus à l’aise, mais ce n’était pas pour autant qu’il en oubliait la présence de Callahan, bien au contraire : Archibald pouvait le sentir suivre le moindre de ses mouvements, et cela le mettait particulièrement mal à l’aise. Heureusement, la force de l’habitude débarrassait ses mains de tous tremblements intempestifs.

- Nous sommes les principaux vendeurs de baguettes d’Angleterre, répondit le jeune homme tout en poursuivant son analyse de la baguette. Certains de nos clients viennent même de l’étranger pour…

Mais ce n’était de toute évidence pas de son travail que parlait Rory. Malgré sa concentration, Archibald s’arrêta quelques secondes avant de scinder la baguette en deux à l’aide d’une sorte de burin gravé d’une quantité astronomique de runes. Harry, hein ? Archibald avait été tellement pris, ces derniers temps, qu’il avait à peine croisé son père, ce dont il ne se plaignait pas le moins du monde. Que son nom soit mentionné dans un tel contexte… A vrai dire, le jeune homme ne savait pas quoi répondre. Il sentait une menace dans la voie de Callahan, sans en être pourtant tout à fait sûr : il était tellement tendu que tout était potentiellement une menace à ses yeux. Aussi prit-il le parti de répondre honnêtement. Il n’y avait de toute façon rien de mieux à faire.

- C’est mon père. Mais ce n’est pas là que réside mon nom. Si vous cherchez la véritable richesse des Ollivander, vous la trouverez à la boutique, répliqua-t-il laconiquement.

D’un geste sec de sa propre baguette, Archibald ressouda le bois de la baguette orpheline. Le cœur était encore en activité. Il fallait juste du temps à cette baguette d’accepter un nouveau propriétaire, le dernier en date ayant dû se montrer particulièrement décevant.

Satisfait de son travail, Archibald allait rendre la baguette à Callahan lorsqu’un violent frisson le secoua des pieds à la tête, lui donnant de brusques sueurs froides. Sans qu’Archibald ne comprenne pourquoi, l’ambiance avait soudain brusquement changé, passant d’une lourde chape de plomb à une menace sous-jacente, palpable. Pris de court, le jeune homme ne sut quoi répondre à ça.

- Quoi ? M-Mais non, pas du tout ! bredouilla-t-il. Vous… Vous savez pertinemment pourquoi je suis ici, ça n’a rien à voir avec Harry ! Je ne suis là que pour…

Archibald se tut brusquement, conscient de pouvoir rapidement trop en dire, et sa main se porta instinctivement à son bras gauche, qui tenait encore la baguette réparée.

- Je ne suis pas un pion de mon père, je vous l’assure. Je n’ai rien à voir avec lui.

Qui aurait pu croire que cette rencontre tournerait ainsi ? Qui aurait pu prédire que ce serait Harry, celui dont Archibald entendait si souvent parler en si bon termes, qui viendrait jeter un froid sur un échange déjà laborieux ? Et que répondre à tout ça, d’ailleurs ? Si Callahan décidait de ne pas le croire, que ferait-il ? Oserait-il tuer un des serviteurs de son Seigneur ?

Pour la énième fois depuis qu’il était entré dans le bar, Archibald regretta sa venue. Il aurait préféré se contenter de n’être rien d’autre qu’une tête pensante : pourquoi voulait-on désespérément l’envoyer au front ?

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Message#Sujet: Re: Le Bon, la Brute et les Truands || Rory Callahan   Le Bon, la Brute et les Truands || Rory Callahan Icon_minitimeMar 20 Sep - 22:17

Archibald Ollivander était certainement un drôle de personnage. Ce jeune homme qui avait franchement fière allure, au regard transpirant encore l'adolescence, les traits innocents, n'appartenait en rien à l'univers dans lequel il venait de pénétrer. Pourtant, le voilà. Il était assis face au patron de la pègre londonienne, il soutenait son regard. Ce n'était pas rien, il fallait le noter. Rory Callahan analysait continuellement son adversaire du jour – du moins son partenaire de danse – et remarquait chez lui un aplomb qu'il appréciait. Sans savoir quoi en tirer, réellement, Rory pensait au fossé les opposant. On ne pouvait pas mieux résumer ces deux bonhommes que par l'absolu contraire qu'ils représentaient l'un pour l'autre.
Ollivander découlait d'une vie certainement protégée, dans un milieu aisé – en tout cas, suffisamment dans les clous pour échapper aux véritables problèmes de l'existence marginale. Il était bien éduqué – c'était évident ; qui, par Salazar, pensait encore à présenter sa pince au beau milieu d'un rendez-vous mafieux ? - et parlait avec élégance. Ses traits étaient même gracieux, il avait ce regard charmeur, on imaginait facilement un sourire tout aussi efficace. Archibald Ollivander était donc un gamin amusant à observer. D'autant plus qu'il se sentait si fébrile à l'idée d'être dans ce bar, qu'il en devenait presque touchant. Rory n'irait pas jusqu'à dire qu'il aimait bien ce premier contact, mais le jeune homme lui laissait un drôle d'effet. C'était assez rare pour être souligné. Peut-être même, félicité.

Enfin, après tout, Jedusor avait probablement toujours les idées bien en place. Si le désormais plus si jeune mage noir avait décidé d'envoyer le vendeur de baguettes fréquenter le briscard à la gueule cassée, il y avait fort à parier qu'une alchimie était possible. Rory n'aimait pas admettre qu'il ne suivait pas toujours tout des plans qui s'imposaient à lui, mais force était de constater que cette fois-ci, il ne comprenait pas une inconnue de l'équation et qu'il se gardait bien d'en avoir quelque chose à faire. Archibald l'intriguait, c'était suffisant.
Mais Rory était un homme capricieux, se lassant vite. Il pouvait s'amuser de beaucoup de choses, mais rien ne durait très longtemps. La seule allégeance inébranlable était pour l'argent... l'or ne lui laissait pas ce goût amer de l'ennui. Rien, absolument rien, ne pouvait faire chavirer le cœur de l'Irlandais mieux qu'une belle besace. Alors Archibald, mon garçon, mieux valait en avoir dans le ventre pour ne pas perdre l'attention du mafieux.
Callahan haussa un sourcil d'amusement. Faire ses preuves était un drôle objet de motivation ici-bas. Jedusor pensait-il devoir faire d'Ollivander un malfrat aguerri, capable de vendre moultes baguettes sur le marché noir ? Allez, trêve de plaisanterie, que mijotait donc l'ancien Serpentard...

- Ouais... des compétences. Qu'est-ce que tu as à vendre, gamin ? J'veux dire... Il tira longuement sur sa cigarette, analysant d'une main le physique certes peu imposant du jeune sorcier. En relâchant la fumée, un très bref rictus s'afficha sur le visage de l'Irlandais, blagueur. J'ai déjà un clampin pour débarrasser les tables, ici.

Mais un détail venait de percuter l'esprit du mangemort. Jedusor avait ses raisons pour l'avoir poussé à rentrer ici. Mais d'où venait cette relation. En fait, comment était-il possible qu'un type à la jugeote avancée comme Tom avait pensé bénéfique de s'accaparer les services d'un Ollivander probablement trop jeune pour savoir dans quoi il s'était embarqué ? Il y avait un mystère planant sur l'histoire qui rendait Rory un peu nerveux. Paranoïaque par la force des événements passés, Callahan avait tendance à toujours penser au pire dans chaque situation. Si Archibald était venu jusqu'à lui ce n'était certainement pas pour lui lustrer le parquet. Il servit un nouveau verre au jeune homme, avant de s'enfiler un cul sec sans sourciller. Tirant de nouveau sur sa cigarette, il enchaîna :

- Et celui qui t'envoie vers moi... comment l'as-tu connu ? Pas que je ne te crois pas, gamin mais c'est intriguant de s'enticher d'un vendeur de baguettes.

Actuellement, Archibald n'était rien de plus aux yeux de Callahan et, franchement, c'était presque mieux ainsi. Néanmoins, dans l'analyse du vieux mangemort, un détail avait échappé aux radars. Impossible de s'en rendre compte sans mettre une des fameuses baguettes entre les mains du garçon. Ce dernier détail qui venait frapper l'Irlandais, c'était probablement la passion qui coulait dans les veines du jeune sorcier. Finalement, Rory ne croisait que très rarement d'autres sorciers animés par un tel hobby. C'était de l'amour, réellement, dont faisait preuve Ollivander quant aux baguettes et c'était palpable. La façon dont il manipulait l'objet, les rictus animant son visage à chaque palpation, l'appréhension dont il faisait preuve en l'observant, était réellement enivrant. Callahan savait qu'il pouvait échanger avec quelqu'un dont le cœur était épris d'une flamme sensible. Il l'était lui-même, d'une certaine façon. La liberté animait Rory, l'argent aussi certes. Mais l'argent ne servait réellement qu'un seul processus : celui de l'immense liberté. On ne pouvait pas se sentir plus vivant, que lorsqu'on était réellement déchaîné. Callahan savait de quoi il parlait : huit ans consécutifs à Azkaban avait eu raison de toute envie de se retrouver de nouveau sous le joug des détraqueurs et de l'absence d'espoir. Il avait toujours eu ce besoin d'indépendance, certes, mais la rage qui l'animait depuis sa sortie, datait de ce renouveau. On ne pouvait le comprendre qu'en l'ayant vécu. Et il comprenait la passion d'Ollivander comme cette rage qu'il ressentait. Archibald vivait chaque interaction avec la baguette comme une rencontre à part entière. C'était fascinant.
Il héla Vincent d'un rire franc.

- Je veux qu'elle a été arrachée ! Lui aussi, il a refusé de m’obéir. Il écrasa sa cigarette dans le cendrier déposé devant lui. Il but un coup. Et dans un râle de mécontentement, se contenta d'un simple... Tocard. Il écouta le reste du discours d'Archibald. Il ne comprenait pas grand chose à vrai dire, mais il était piqué d'intérêt, c'était certain. Il hocha la tête, d'une moue satisfaite. Bon, bon. Rien d'irréparable hein.

Et l'autre se lança dans un atelier improvisé. C'était étonnant, pour ainsi dire. Rory n'y aurait pas cru lui-même si on lui avait raconté. Le type s'était laissé poussé des ailes depuis ce deuxième verre, qu'il en venait à réparer une baguette lambda, adossé au bar de l'Emerald. C'était cocasse. Callahan lâcha même un rictus amusé. Bref et discret.

- Ton père est un sacré salopard. Tu tiens de lui ?

Harry Ollivander et son satané escadron de la Justice Magique en avait fait baver au mangemort et ce n'était que récemment qu'il arrivait à s'en débarrasser. La raison était simple, Rory était passé dans une autre catégorie de malfrat. Fini les délits et les infractions qui rameutaient les charognards comme Harry... Callahan était proche d'une forme de terrorisme social qui lui accordait désormais un statut très particulier. Nombreux voulaient le pincer, peu en avait le cran, encore moins la possibilité. Le briscard s'était protégé. Il ne voulait plus retomber et il avait bien compris qu'à la vue de ses activités, le seul moyen d'échapper au baiser du détraqueur était encore de se trouver des alliés désagréables au sein de ses ennemis. Nobby par exemple, mais bien d'autres, permettait au mafieux d'échapper aux griffes du système... sur simple échange de bons procédés. Rory exécrait devoir dévoiler quelques rouages à ces saletés de flics, mais il savait jouer avec les cartes qu'on lui distribuait. Le croupier était un salopard lui aussi, mais ne pas jouer malin c'était perdre le pli... Rory ne perdait pas.

D'ailleurs, il ne perdait pas car la meilleure défense était toujours l'attaque. Il prit Archibald par le col, et le traîna sans transpirer d'un coup sec de l'autre côté du bar. Vincent le releva. Rory l'attrapa sèchement et l'emmena dans l'arrière boutique. L'ambiance agréable et sélective de l'Emerald donnait maintenant lieu à une arrière boutique sombre, aux tapisseries vieillottes et à l'odeur de poussière désagréable. Les rares fenêtres étaient calfeutrées grossièrement et, au fond, derrière quelques caisses d'alcool, une table éclairée à la bougie accueillait quatre bougres, jouant aux cartes.

- Parce que tu crois que je ne le saurais pas si t'étais un pion ? Que tu serais rentré ici, sans problème ?! Tu me prends pour un con ?

Il alluma une nouvelle cigarette tandis que ses hommes se rameutaient, encerclant la scène. Ils restaient tous dans la pénombre de la pièce. Seuls Rory et Archibald étaient partiellement éclairés par les rares bougies encore allumées.
L'irlandais se saisit d'une chaise, la ramena jusqu'à la lui, et la plaça dossier face à Archibald. Il continuait de l'observer en fumant. Longuement, dans un silence absolu. Et éclata de rire.

- Bon, j'avais juste besoin qu'on s'éloigne des regards curieux. Relaxe.

Les hommes de main s'éloignèrent tranquillement, comprenant le jeu improvisé par le mafieux. Ils avaient certes l'habitude des sauts d'humeur de leur patron et de son goût mesuré pour la mise en scène mais ils préféraient tous s'affairer à agir comme si règlement de compte était de mise. Mieux valait ne pas trahir Callahan qui avait une fâcheuse tendance à étriper les déserteurs.
Il attrapa un collier dans sa poche et le donna à Archibald. Le collier s'ouvrait sur la photo d'un homme d'âge mûr, muni d'une épaisse moustache, le regard perçant, noir, agressif. Sa robe de sorcier trahissait sa richesse, et on pouvait voir tout le dédain qu'il éprouvait à l'idée que ce collier ne soit plus en sa possession.

- C'est le type à qui appartient la baguette. Un salopard des Mystères. Tu le connais ? Il laissa une courte pause, le temps de rallumer une cigarette. Notre ami commun a besoin de savoir des choses. Et ce type devrait avoir les réponses. J'ai besoin de savoir tout ce que sa baguette peut nous dévoiler.

Rory indiqua d'un index assuré la porte derrière Archibald. Le type en question y était enfermé. Il avait tenu bon à de nombreux interrogatoires restait maintenant à savoir si la baguette pouvait donner une arme inédite à l'Irlandais. Il comptait bien mettre à profit le fameux talent du jeune sorcier pour connaître quelques secrets bien enfoui au cœur de la relation avec sa baguette.

- Pourquoi être devenu mangemort ?

C'était probablement la question qui restait sur les lèvres de Rory depuis l'entrée d'Archibald dans ce fameux bar de l'Allée des Embrumes. Impossible de mettre la main sur une once d'hypothèse. Le gamin était trop mystérieux pour laisser transparaître un indice. A en juger par sa façon d'être, il ne semblait presque pas à l'aise à l'idée d'être ici, en compagnie d'un confrère. Étonnant quand on était partisan d'un fou furieux prêt à rendre le monde plus noir qu'il ne l'était déjà.  
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Message#Sujet: Re: Le Bon, la Brute et les Truands || Rory Callahan   Le Bon, la Brute et les Truands || Rory Callahan Icon_minitimeMar 11 Oct - 1:05

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Entre courage et inconscience, il n’y avait qu’une fine ligne avec laquelle les Gryffondors se plaisaient à fleurter en permanence. Les Serdaigles avaient toujours eu la fierté d’opposer à ce comportement des actions plus raisonnées, réfléchies, toujours dans une sorte de retenue intellectuelle. A cet instant, Archibald était pourtant totalement dépourvu de cette raison qui caractérisait les gens de sa maison. Assis face à Rory Callahan, il en avait parfaitement conscience. Autrefois, rien n’aurait pu le mener à une telle situation. Depuis qu’il avait mis le pied dans cette boutique, en revanche… Tout avait basculé, et voilà où tout ça l’avait mené. Il n’avait pas d’autre choix que d’être ici et d’assumer, dorénavant ; sur ce point-là, il était parfaitement lucide.

Alors il tentait au moins de conserver la face, ce qui n’était, de toute évidence, pas une chose facile, surtout face à un homme tel que Rory. Les premiers échanges semblaient presque insignifiants, mais Archibald y percevait comme une sorte de tension latente, prête à exploser à tout moment. Si le jeune homme ne comprenait pas tous les tenants et aboutissants de la situation, il savait en revanche que le Mangemort qui lui faisait face tentait de le percer à jour, l’analysant sans discontinuer depuis son entrée dans le bar. C’était la première impression, celle qui allait déterminer toute la suite de leur échange, et cela rendait Archibald d’autant plus fébrile et anxieux. Il avait l’impression que chacun des mots qui sortaient de sa bouche pouvait le condamner – et c’était d’ailleurs très probablement le cas. Aussi comprit-il sans mal qu’il devait faire ses preuves auprès du mafieux, lui montrer qu’il n’était pas qu’un grand dadais passionné de baguettes.

- Oui, hum… Je ne compte pas remplacer votre serveur, souffla-t-il en jetant un regard au dit « clampin ». Je ne pense pas être ici pour ça, à vrai dire. Enfin, je ne prétends pas savoir les projets qu’il avait pour moi, mais…

Que dire ? Jusqu’où Archibald pouvait-il allait dans la révélation de son rôle auprès de Tom Jedusor ? Pouvait-il tout dire à Rory ? Devait-il tout lui dire ? abattre toutes ses cartes d’un coup ou en conserver pour la suite ? Ce casse-tête n’était vraiment pas de ceux qu’Archibald appréciait, et il s’en serait largement passé.

- Jusqu’ici, mon rôle était plus… théorique, disons, avança-t-il alors prudemment. Je ne suis encore jamais intervenu de façon directe, mais j’imagine que cela ne poserait pas de problème. Je ne paie certes pas de mine, j’en suis bien conscient, mais j’ai été formé au duel. Depuis peu, j’ai formé un partenariat avec Gringotts, et voilà deux ou trois fois que j’accompagne les Briseurs de Sort en mission, lorsque mon aide est requise. L’un d’entre eux a jugé plus prudent de m’apprendre à réagir une fois sur le terrain.

Etait-il vraiment en train de dire à Rory Callahan qu’il savait se battre ? Archibald regrettait chacun des mots qui sortait de sa bouche, sans pour autant réussir à les retenir. Un flot de parole ininterrompu semblait s’échapper de lui indépendamment de sa volonté.

- Enfin, je reste un chercheur avant tout, tenta-t-il de se rattraper, n’en révélant que davantage sur lui.

Oui, Archibald était un chercheur. C’était d’ailleurs bien ça qui l’avait perdu en premier lieu. Sa quête de savoir l’avait mené à passer un contrat avec un démon qu’il ne soupçonnait pas. On disait de la Magie Noire qu’elle était mauvaise : Archibald ne s’était pas attendu à ce que le sort lui retombe dessus de cette façon. Son ego l’avait perdu, et il en payait le prix.

Ce fut d’ailleurs ce même ego qui ressurgit lorsque Rory le qualifia de « vendeur de baguettes ». Archibald, jusque-là frileux d’avancer une parole plus haute qu’une autre, encaissa difficilement le coup. Un « vendeur de baguettes » ? Encore un qui ne comprenait pas le caractère essentiel de son art. Encore un sorcier qui ne considérait sa baguette que comme un outil interchangeable – ça casse, tant pis, on répare ou on jette. L’irritation que sentit poindre le jeune homme entra alors en conflit avec sa fébrilité, créant un mélange explosif dans l’esprit d’Archie. Un instant, le jeune fabricant resta silencieux, buvant une gorgée d’alcool pour tenter de calmer la tension qui lui enserrait maintenant la poitrine. Puis il reprit la parole.

- A vrai dire, les Ollivander ne sont très certainement pas de vulgaires « vendeurs de baguettes », déclara alors le jeune homme avec une toute nouvelle fermeté. Nous sommes avant tout des créateurs. Sans nous, les sorciers n’auraient pas le quart du potentiel qu’ils possèdent aujourd’hui. « Celui qui m’envoie » l’a parfaitement compris… ajouta Archibald avec un regard entendu. Je suis un chercheur. Ce que je veux, c’est développer mon art. Et il m’a… proposé de l’aide, disons.

L’élan de fierté du jeune homme avait été soufflé par le souvenir de ses échanges avec leur Seigneur. Oui, il était un chercheur, un scientifique aurait-on presque pu dire, s’il avait appartenu au monde moldu. Mais à quoi bon se positionner ainsi si ses recherches n’avaient pour but que de servir les intérêts d’un tiers ? Ou était donc passée son ambition de révéler au monde l’importance de l’art des baguettes ? De créer une œuvre qui ferait prendre conscience aux sorciers de tout ce qu’ils devaient à leur baguette ?

La mâchoire serrée, Archibald s’empara donc de la baguette, le regard assombri.

- J’ai rencontré cet homme lors de mes recherches, expliqua-t-il à voix basse, tout en s’attelant à la tâche. Il m’a appris des choses. Je lui en ai confié d’autres.

Il y avait un goût d’amertume dans ses paroles, une amertume que son ton neutre cachait presque habilement – une amertume dont lui seul prenait la mesure. Il aurait aimé dédier sa vie à son art… Voilà qu’il le dédiait à un homme assoiffé de pouvoir. Réparer la baguette que venait de lui confier Rory apaisa à peine cette tension qui se réveillait en lui – et pourtant, il y mit tout son cœur. C’était plus facile ainsi. Depuis quelques temps, Archie parvenait parfaitement à ne pas regarder la vérité en face, et c’était encore plus facile lorsqu’il se plongeait dans son travail.

Il lui fallut peu de temps pour trouver le problème de cette baguette. Ça, ce n’était que de la rigolade à côté de ce qu’il faisait habituellement.

- Hmm, je vois, souffla-t-il face à l’éclat de rire du patron de l’Emerald ‘s. Il a joué, il a perdu.

A croire que ce motif se faisait de plus en plus récurrent dans sa vie…

Tout comme le fait d’aller de surprise en surprise dans cet entretien, de toute évidence. Car s’il y avait bien un sujet qu’Archibald n’aurait pas pensé aborder aujourd’hui, c’était bien celui de son père. La mention d’Harry stoppa un instant Archibald dans son élan, dégradant encore davantage son humeur. Décidément… Cet échange n’était qu’un aléa d’émotions plus fortes et diverses les unes que les autres. Un instant, le jeune homme pensait enfin cerner Rory, l’instant d’après ce dernier l’accusait d’être prêt à le tromper, puis retomber sur un autre registre. Archibald ne savait plus sur quel pied danser, et c’est donc avec une certaine réserve qu’il répondit aux questions du mafieux.

- Ah ça… Au moins là-dessus, nous sommes d’accord. Le pire de tous, affirma-t-il, retenant à peine la colère que lui inspirait son père. J’aime à penser que je n’ai rien à voir avec…

La fin de la phrase s’étouffa dans sa gorge lorsque son col se resserra brusquement autour de cette dernière, lui coupant le souffle. En un instant, Archibald se sentit soulevé de terre et le bar se fit flou devant ses yeux. Le choc fut rude lorsqu’il atterrit de l’autre côté du bar et, avant même qu’il ne parvienne à se relever, une poigne ferme empoignait déjà sa nuque, le traînant de force à la suite de Rory.

- Mais qu’est-ce que vous faites ?! s’exclama-t-il, tentant vainement de lutter contre la force de taureau de Rory. Lâchez-moi !

Son souhait exhaussé, le jeune homme se retrouva au milieu de la pièce, cerné par plusieurs hommes à l’air menaçant se rassemblant derrière le visage tanné de Rory. Immédiatement, sa main se porta à la poche où se trouvait sa baguette.

- Qu’est-ce qui vous prend ?! Qu’est-ce qu… ?!

Et puis tout s’arrêta, une fois de plus. Le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, Archibald resta planté là, debout au centre de ce cercle affreux de regard et de menace. Quand est-ce que tout cela allait-il enfin cesser ?!

- Qu’on s’éloigne ?! N’y avait-il pas un autre moyen ? s’énerva le jeune homme, tentant par tous les moyens de se contenir. Mes outils sont toujours sur votre bar !

Il était presque comique de voir le jeune homme chercher après ses outils quand on savait que le moindre mot de travers pouvait lui coûter la vie – ou, du moins, quelques os et quelques dents, si Rory se rappelait qu’il n’avait pas à tuer un des pions de Tom sans le consentement explicite de ce dernier. Mais Archibald était fait comme ça, tout comme Callahan était fait de façon à ne laisser aucun répit à son interlocuteur.

- Vous êtes… un homme étrange, c’est le moins qu’on puisse dire, se permit de souligner le jeune homme, tout à son irritation.

Pourtant, il prit tout de même le médaillon que lui tendit le mafieux, sans pour autant baisser sa garde. Maintenant, il se méfiait véritablement : plus question de se laisser aller bêtement. Attentif comme il l’avait rarement été, Archibald écouta ce que lui raconta Rory. Un homme des Mystères ? Une brusque vague de chaleur submergea le jeune homme. Par Merlin, il ne manquait vraiment plus que ça… Cet homme devait sûrement connaître Rose, le monde des Mystères était encore plus étroit que ne l’était le monde sorcier. Et voilà qu’Archibald se trouvait confronter à ce problème.

- Je… Non, je ne le connais pas, mais… Que comptez-vous faire de lui ? C’est-à-dire que ça ne m’arrange pas tellement…

Archibald se tue. Avait-il réellement le choix, au fond ? Que se passerait-il, s’il disait non ? Que ferait- Rory ? Pire, que ferait Jedusor ? Il l’avait bien mis en garde, le jour où il lui avait apposé sa marque. S’il ne faisait pas ce qu’il disait, ou s’il se faisait prendre… Archibald était certain d’une chose, c’était qu’il ne réchapperait pas à tout ça s’il ne jouait pas le jeu. Aussi finit-il par tendre la main, s’emparant de nouveau de la baguette qu’il était censé réparer.

- Très bien. Mais je ne veux pas qu’il puisse me voir, je n’irais pas dans cette pièce. Mon visage est trop connu, nous risquerions gros, vous comme moi.

Si Rose venait un jour à apprendre toute cette histoire… Elle ne lui pardonnerait jamais, il en était certain, quand bien même il s’était fait avoir en beauté. Elle l’avait mis en garde, pourtant, contre les puissances avec lesquelles il jouait. Il avait fait la sourde oreille. A croire qu’il n’était finalement pas si mature que ça. Elle lui avait dit, ce jour-là, qu’il était en train de devenir un homme. Pouvait-on toujours dire cela de lui, aujourd’hui ?

Surtout quand on voyait la façon dont il s’était fait avoir ? Encore une fois, ce fut ce goût amer de défaite qui lui empli la bouche lorsque Rory lui demanda pourquoi il était devenu Mangemort. Un instant, le regard d’Archie se voila. Il n’avait pas eu le choix, mais était-ce la bonne raison à donner ? Y avait-il seulement une bonne réponse ? Tout ce qu’il l’avait fait, il l’avait fait pour ce presque insignifiant morceau de bois qu’il tenait dans la main. Son travail, c’était toute sa vie, comme il l’avait un jour dit à Rose. Il lui avait même sacrifié son âme, désormais. Mais il ne pouvait évidemment pas répondre ça, n’est-ce pas ?

Que dire, alors ?

- Une question légitime, j’imagine, soupira le jeune homme en s’installant à la table la plus proche, la baguette posée devant lui, ses outils non loin. Eh bien… Disons que je poursuis une quête, répondit-il lentement, pesant chacun de ses mots. Et ce tatouage sur mon bras est censé m’aider à y parvenir. On m’a promis des choses. On peut sûrement dire de moi que je suis une sorte de papillon de nuit attiré par une flamme. Je prends le risque, quitte à m’y brûler les ailes au passage…

Relevant la tête, Archibald affronta Rory du regard, ses yeux plantés dans les siens.

- Et vous ? Pardonnez-moi de ma franchise, mais vous n’avez pas l’air de quelqu’un qui apprécie suivre les ordres d’un autre. Vous êtes un leader vous-même, de toute évidence. Qu’est-ce qui vous a poussé à faire allégeance ?

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Dernière édition par Archibald Ollivander le Mar 28 Mar - 19:00, édité 1 fois
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Message#Sujet: Re: Le Bon, la Brute et les Truands || Rory Callahan   Le Bon, la Brute et les Truands || Rory Callahan Icon_minitimeMar 8 Nov - 21:16


De toutes les tâches qui lui incombaient, Rory se délectait principalement de l'extraction d'informations. Le plus souvent, Callahan n'était même pas au courant de l'importance de ces informations. Mais il s'acharnait à méticuleusement les récupérer, coûte que coûte.
Son mystérieux informateur du jour était un type assez banal de visuel. Il avait l'air fatigué, les rides lui sciaient le visage. Son teint était pâle, les yeux d'un marron foncé accentuaient son air blafard. Peut-être était-ce les conditions de détention qui ne convenait pas à un rythme de vie hygiénique, mais selon Rory, le gaillard était bien mieux loti qu'il n'aurait bien voulu le croire. Les cheveux longs et gras finissaient un portrait facial d'une banalité sans nom. Le type n'était ni moche, ni attirant, il ne provoquait aucune sympathie, ni dégoût. On le prenait pour ce qu'il était : un clampin égaré au fin fond d'une cave sujette à la moisissure.
Le véritable trésor du bonhomme était bel et bien enfoui dans son cerveau, caché derrière les fins cheveux ornant sa boîte crânienne. Il savait des choses que peu de sorciers pouvaient prétendre avoir même entendu parler. Alors tout ce qui ne pouvait se dire devenait obligatoirement quelque chose de précieux pour un receleur comme Callahan. Le Seigneur des Ténèbres avait décidé que les mystères avaient chez eux un bien inestimable et Rory devait trouver la voie qui mènerait directement Jedusor vers son objectif. Le problème était tout de même la connaissance assez faible du personnage pour le département des Mystères. S'agissait-il d'un objet, d'un concept, ou d'une magie ancienne ? Pour Rory tout se ressemblait, rien n'était tangible. Il lui fallait juste une direction à indiquer. Second problème alors, car le bougre n'était pas loquace. Si Callahan n'avait absolument aucun mal à envisager la violence, il avait vite compris, qu'ici, l'enjeu était tout autre. Le garnement était probablement soumis à différents ensorcellements qui l'empêchaient de dévoiler ses plus profonds secrets. Si Rory connaissait bien une chose du Ministère c'était bien leur foutue habitude de faire rater ses plans.

- T'envoyer là-bas ? Puis quoi ?

Rory s'esclaffa. C'était presque attendrissant de voir le jeune sorcier se dépatouiller pour se sortir du guêpier dans lequel il était fourré. Rory lui asséna une légère tape derrière l'épaule, elle se voulait rassurante. Il se leva et commença à tourner dans la pièce, vacillant entre ombre et lumière, passant devant et derrière ses hommes. La pièce n'avait rien de terrifiant, c'était une simple réserve. Plusieurs bidons y étaient entreposés, un bureau éclairé à la bougie trônait au fond, sur lequel une multitude de parchemins étaient disséminés. Mais les hommes qui l'occupaient la rendait foutrement désagréable.

- J'ai bien compris que tu parlais aux baguettes. Enfin, que tu en savais un rayon, en tout cas. Le type qui est là-dedans... 'fin, il est sûrement sous sortilège, tu me suis ? J'ai besoin de savoir de quel sortilège. Tu peux me dire ça, grâce à la baguette ?

Il s'arrêta face à Archibald, debout, adossé à un pilier de bois soutenant une charpente vieillissante. Il commençait à percevoir chez ce gamin une certaine forme d'intérêt. Pour lui-même, certes, mais aussi probablement pour Ollivander aussi. Rory ne s'était toujours entouré que de malfrats et de gens à la réputation sulfureuse. N'y avait-il pas, ici, une opportunité rarissime de s'implanter dans un autre monde ? Un monde auquel il n'avait, jusqu'alors, jamais eu accès : celui de l'ordinaire, de l'incroyable commun, celui des civils, des gens transparents. Rory était un sorcier véreux, dégueulasse, probablement détesté par un bon nombre de ménagères devant leur Gazette du Sorcier, outrées par ses méfaits. Mais il restait un sorcier différent. Il avait choisi une voie si exiguë que lui-même ne savait plus d'où il venait. Il se sentait presque esseulé, pas loin de ses cinquante ans, et rattraper la corde menant au rivage n'était pas une occasion que l'on pouvait laisser filer deux fois. Archibald n'était pas commun – le gamin parlait avec des bouts de bois ensorcelés – mais il croyait l'être visiblement. Il avait cependant un ancrage bien réel dans ce monde inconnu et il ne serait pas inutile à Rory qui rêvait d'un renouveau de sa vie déjà bien entamée.

- Pour être franc, je ne sais pas ce que je cherche avec ce type. On m'a demandé de trouver des indices, je creuse. Mais... mon avis me dit que ce type-là en connaît un rayon sur des magies bien étranges dont on pourrait se servir... tu me suis?

Et si Archibald était un sorcier un peu curieux – ce qu'il était assurément – il serait forcément attiré par cette connaissance enfouie au fin fond du bonhomme aux cheveux gras. Peut-être était-ce de la magie noire d'une banalité sans nom ? Peut-être avaient-ils devant eux les clés d'une porte cachée menant aux secrets les plus subtils de la magie contemporaine ? Rory n'en ferait rien – bien trop bête pour s'en servir à proprement parlé – mais il savait monnayer. Il tira un parchemin de sa poche et l'envoya directement sur les genoux du jeune sorcier. En le dépliant, la marque des ténèbres brûla légèrement les avants bras des deux mangemorts et des lettres apparurent lentement, dévoilant les consignes de Jedusor lui-même qui avait pris soin de les rendre illisibles à quiconque n'était pas déjà fidèle à sa cause. Les quelques mots du mage noir parlaient de magie ancienne, probablement runique qui serait à l'origine de toute chose. Une sorte de magie naturelle domptable que l'on pouvait enfermer dans un objet.

- Moi j'y comprends pas grand chose. Pour moins ça m'a pas l'air bien plus compliqué qu'une baguette son charabia... mais, soyons honnêtes, j'y comprends pas grand chose. Une idée?

Il vint s'asseoir de nouveau face à Ollivander. Il alluma une énième cigarette en l'écoutant déblatérer sa propre analyse de sa situation. C'était drôle comme l'image du papillon se brûlant les ailes n'avait aucun sens aux yeux de Callahan. Il se permit un petit rire amusé. Il envoya deux de ses hommes chercher à boire et il fit signe aux autres de déguerpir. Laissant l'ambiance s'adoucir un poil. Il relevait néanmoins l'audace du gamin. C'était une qualité qu'appréciait particulièrement Rory. Il fallait en avoir pour venir dans ce bar, mais c'était probablement pas grand chose face au fait de prêter allégeance à un taré comme Jedusor, dès son plus jeune âge. Rory n'avait, lui, rien à perdre. Sa vie était déjà un sac de nœuds sans nom. Au pire, il mourrait. Tant pis. Mais à l'âge d'Ollivander, Callahan n'aurait pas eu les mêmes intentions. Le jeune en voulait, il cherchait quelque chose et par tous les moyens, il l'obtiendrait. La hargne qui transpirait derrière les propos du jeune homme résonnait chez le mafieux. En tirant sur sa cigarette, il compléta d'une voix tranquille.

- Il a la possibilité de te donner ce que tu cherches, c'est sûr. Mais n'oublie pas qu'il a aussi la capacité de te vendre du vent. Ne t'attache pas trop aux promesses, les gens mentent. Il lâcha la fumée, le regard pensif. N'attends pas qu'il t'aide. Ça n'arrivera pas. Prends les choses en main, gamin.

Un type ramena une bouteille de whisky qu'il déposa sur une caisse à côté d'eux, puis s'éclipsa sous le regard pesant de son chef. Ce dernier agita sa baguette tout en continuant de fumer sa cigarette et se servit un verre, puis un deuxième pour son compagnon du jour.

- Pourquoi avoir suivi Jedusor... Ah ! Gamin ! Te voilà à poser des questions maintenant. Pfff... qu'est-ce que j'en sais moi. Le pouvoir, peut-être ? 'Fin, je veux dire, le type est loin d'être un lutin de Cornouailles, tu vois ? Il a des relations... des connexions... Je dirige des malfrats, des bas du plafond, des abrutis capables de t'arracher les yeux pour quelques mornilles... mais lui, lui il rameute des élites, des gens d'une autre sphère. Il les fédère. Y'en a peu des salopards du genre, crois-moi, mieux vaut sentir le vent tourner et prendre la vague au bon moment.

L’ego n'avait pas sa place dans ce sombre jeu de la survie et si Rory Callahan était encore en vie après tant d'années passées au cœur d'une roulette russe grandeur nature, c'était probablement car son instinct était bien plus aiguisé que ces prédécesseurs. Il comptait tenir encore un moment avant de clamser, le bougre.
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Le Bon, la Brute et les Truands
ft. Rory Callahan
S’il devait être tout à fait honnête, Archibald devait avouer qu’il était aussi effrayé qu’impatient. Les Mystères avaient toujours représenté une grande zone d’ombre et, pour un esprit aussi curieux que celui du fabricant, c’était tout à fait intéressant. Si la passion que son travail suscitait en lui n’avait pas été aussi forte, peut-être que le jeune homme aurait suivi le même chemin que sa cousine, peut-être que lui aussi serait devenu une Langue de Plomb. Ce n’était pas le cas, et Archibald n’avait jamais autant pris conscience de ses choix qu’à cet instant, tandis que, confronté à cet homme, il réalisait que tout aurait pu être très différent. Dans une autre réalité, ça aurait pu être lui à la place de cet homme.

Mais ce n’était pas le cas. Aujourd’hui, il se trouvait de l’autre côté de la barrière, de l’autre côté du voile, et c’était à lui qu’on demandait de cuisiner la Langue de Plomb. Rassuré de ne pas avoir à se montrer, le jeune homme fut néanmoins surpris de la demande que lui fit Rory.

- Je peux peut-être vous dire à quels sortilèges est soumise sa baguette, et cela peut potentiellement mener à une piste quant aux sortilèges qui réduisent cet homme au silence. Mais je ne saurais vous dire exactement lesquels sont directement apposés sur sa personne. En revanche, je pourrai vous dire quels sortilèges il a utilisé, et, avec un peu de chance, il aura plus de valeur qu’il n’y paraît.

A cet instant, il était difficile pour Archibald de poser la limite entre intérêt, curiosité, survie et morale. Le jeune homme s’emmêlait les pinceaux, se perdait, prêt à vendre un homme pour se sauver et assouvir sa propre curiosité. Un instant, il pensa à Thaddeus : que penserait-il de lui s’il le voyait ? Sûrement très peu de bien, et il aurait raison, c’est pourquoi Archibald décida d’écarter son amant de son esprit pour le reste de l’entretient. Il ne pouvait pas se permettre de se laisser distraire à un moment pareil.

Malheureusement pour le jeune homme, il était aisé de distraire un Serdaigle, surtout un de la trempe d’Archibald. Rêveur indécrottable, il suffisait de prononcer quelques mots et son esprit suivait le mouvement. Et Rory semblait avoir très vite cerné cet aspect de la personnalité du jeune homme. Aux mots « magies bien étranges », les quelques doutes d’Archibald avaient été étouffés. Quelques mois plus tôt, peut-être que le jeune homme aurait conservé sa droiture et tourné le dos à toute cette affaire – à supposer qu’il ait les mains libres – mais, depuis ce jour où il s’était aventuré dans l’Allée des Embrumes avec un objectif bien précis en tête, il était perdu.

- Je vous suis, s’entendit-il alors répondre, lentement. Nous allons voir ce qu’on peut en tirer, dans ce cas.

Lorsque sa marque le brûla, Archibald se sentit pâlir. La douleur était vive mais supportable – la sensation, en revanche…

Mais, encore une fois, la lecture des quelques lignes détourna le garçon de ce qui aurait pu ébranler sa volonté – cercle vicieux s’il en était. La magie que mentionnait Jedusor, Archibald l’avait étudié avec lui, autant qu’il avait pu avec les sources accessibles, en tout cas. Voilà sûrement la raison de sa présence aujourd’hui. Jedusor savait parfaitement ce qu’il faisait : la menace n’était plus la seule motivation du jeune homme, désormais. Cette magie, il voulait la connaître.

Mieux, il voulait s’en servir.

- Savez-vous pourquoi certaines baguettes sont gravées de runes, Monsieur Callahan ? demanda le jeune homme lorsque la pièce se vida sur ordre du grand patron. C’est pour stabiliser la fusion du bois et du cœur lors de mélanges trop puissants. C’est une pratique à la fois très simple et très complexe qui existe depuis des siècles dans la conception des baguettes. C’est également une version simplifiée de cette magie runique, une sorte de poudre aux yeux pour détourner de la véritable source – et du véritable enjeu – de ce qu’étaient les rituels d’origine.

Un sourire ironique étira les lèvres d’Archibald.

- Nos ancêtres étaient très sages – ou très jaloux, au choix. Ils ont préféré scinder leur savoir plutôt que de nous le transmettre dans sa forme brute. C’est d’ailleurs ce qui a conduit à la création des baguettes, mais je ne saurais leur en vouloir sur ce point.

Tout en parlant, Archibald s’affairait sur la baguette. Les sortilèges d’analyse de base ne révélaient rien de particulier mais le jeune homme s’y attendait : il n’allait pas être si simple de craquer la baguette d’une Langue de Plomb.

- Enfin bref. Le rôle des Mystères, c’est de retrouver et de décortiquer ces magies anciennes, de pousser plus loin que quiconque la réflexion sur la magie. De tous les sorciers, ce sont peut-être ceux qui travaillent dans ce département qui comprennent le mieux le caractère unique du don magique que nous possédons, et la chance que nous avons de l’avoir, sang pur ou pas.

Archibald ne pouvait pas adhérer à l’idéologie des Sang-Purs, surtout pas quand il voyait la façon dont ces derniers considéraient la magie. Leur don n’était pas acquis, il pouvait décider de se manifester ou non, en témoignaient les Cracmols et les Nés-Moldus. Pouvoir vivre dans leur monde, pratiquer leur art, c’était une chance, pas un acquis. La baguette, malgré tout l’amour qu’Archibald pouvait lui porter, avait rendu les sorciers trop confiants sur leur habilité à maîtriser la force brute qu’était la magie : c’était bien pour ça qu’Archibald travaillait sur de nouvelles combinaisons, sur une nouvelle vision de la baguette. Il voulait en faire le vaisseau de ses idées, un outil dont on ne disposerait plus comme si de rien n’était. C’était cette vision qui le poussait en avant ; c’était cette vision qui l’avait mené à être ici.

Désormais presque seuls dans la pièce, cernés d’une nouvelle ambiance plus intimiste, les deux sorciers se tenaient côte à côte, une baguette dans les mains pour Archie, une cigarette pour Rory. Le temps était venu de questionner les motivations. Archibald ne cachait pas son ambition, il ne l’avait jamais fait et, s’il prenait désormais plus de précautions, c’était uniquement du fait de l’illégalité de certaines de ses recherches. Avec Rory, il ne s’inquiétait pas de cela – après tout, l’homme n’avait-il pas une Langue de Plomb ligotée dans une pièce ? Il était étrange que cette situation apaise le jeune homme. Il y a peu, il n’aurait même pas envisagé de côtoyer un tel énergumène : aujourd’hui, il trouvait un certain réconfort dans les propos du mafieux. Quelle ironie.

- Je sais, finit par répondre Archibald, les yeux fixés sur la baguette. J’ai fini par comprendre du moins, ajouta-t-il en secouant son avant-bras gauche. Mais t’en qu’à y être, autant tenter d’en tirer le maximum de profit, nous sommes d’accord là-dessus.

Archibald n’aurait pas dû, mais il saisit l’énième verre de whisky et en but quelques gorgées. Peut-être n’aurait-il pas dû dire tout ça ; peut-être Rory était-il en train de tester son allégeance. Peut-être venait-il de signer son arrêt de mort, sans le savoir. Une sensation glacée remonta le long de sa colonne vertébrale et Archibald devint plus silencieux, écoutant attentivement Rory tout en lançant sur la baguette toute une batterie de sortilèges. Rory semblait être un opportuniste, de ceux qui sentent quand et comment prendre des décisions avantageuses. Lui aussi était plein d’ambition, et Archie comprit et respecta cela. Il souhaitait s’élever ? Qui était-il pour juger, quand il recherchait lui aussi la reconnaissance des siens ? La seule chose qui inquiétait Archibald dans les propos du mafieux, c’était de se dire que « l’élite » du monde sorcier trempait dans les affaires de Jedusor. A quel point avait-il la main mise sur la société ?

- Je comprends, finit-il par répondre. Saisir les occasions qui se présentent à…

Il y eut soudain un sifflement perçant et la baguette qui se trouvait sur la table se mit à s’agiter, laissant échapper de façon frénétique des petits filets de fumée grisâtre. Archibald recula d’un pas ; par pur réflexe, il saisit Rory par l’épaule et le fit reculer d’office également. Si le jeune homme s’était attendu à rencontrer une certaine difficulté face à cette baguette, il ne s’était pas attendu à ce qu’elle rejette purement et simplement toute tentative d’ouverture. Le sortilège apposé sur la baguette rejetait l’emprunte de toute autre magie que celle qui l’avait scellée ou celle de son porteur. Si Archibald ne parvenait pas à briser rapidement le verrou apposé sur la baguette, cette dernière risquait d’exploser.

Et la pièce avec, potentiellement.


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